Me voici à nouveau chargée de la rédaction d'un article tout
simplement parce que je suis sous la main du ouebmestre et que, "faute de grive on se
contente de merle."
En fait, je soupçonne Jacques de tirer parti de mes goûts en matière
de lecture. Il n'a peut-être pas tort : les mythes, l'histoire des religions font partie
de mon alimentation livresque.
Ainsi dirai-je quelques mots de ce thème largement traité en art
qu'est le voyage initiatique.
Voyage, d'abord : parcours pour passer d'un lieu à un autre. Un point
de départ. Un point d'arrivée. Il peut être physique, avec déplacement du corps, ou
mental, ou même et souvent les deux à la fois.
Initiatique : tout bêtement, vient de "initium", début.
C'est le passage d'un état à un autre.
Les récits mythologiques abondent sur ce thème. Pour n'en retenir que
quelques uns, on se souvient d'Orphée et de sa descente aux Enfers pour ramener son
épouse Eurydice, de Thésée affrontant le Minotaure dans le labyrinthe construit par
Dédale, du voyage d'Ulysse, de Psyché errant à la recherche d'Eros
Et je ne cite
que les mythes grecs. Nous en trouvons partout : de la Mésopotamie à l'Egypte, des
Celtes aux Scandinaves. Chaque pays a ses mythes sur le voyage initiatique.
Passage d'un état à un autre, disais-je. Selon Mircea Eliade,
historien des religions, ce passage, exécuté par un myste ou un hiérophante est celui
de l'enfance ou de l'adolescence à l'âge adulte. C'est le thème le plus fréquent mais
il peut tout aussi bien s'agir de s'initier à l'exercice de l'autorité, à la
découverte des vérités de l'Au-delà pour s'emparer des forces cosmiques ou divines.
Les chasseurs du néolithique qui buvaient le sang de la bête tuée à même son crâne,
s'initiaient aux arcanes de la chasse et s'appropriaient ainsi l'énergie de l'animal.
Le voyage de Gilgamesh avait pour but la quête de l'immortalité : il partit à la
recherche de la racine de vie. La quête du Graal devait permettre au roi Arthur de
retrouver la souveraineté. De fait, chaque voyage est une quête qui permettra de
s'affranchir de ses limites.
Il y a des constantes dans le voyage initiatique : les épreuves à
surmonter, la mort symbolique et la renaissance.
Pour comprendre le phénomène des mythes, il faut s'interroger sur
leur finalité. Pour cela, on distingue les mythes cosmologiques, qui n'ont d'autre but
que de donner un sens à la vie, à la rendre compréhensible, des mythes historiques. Les
forces cosmiques terrorisaient les premiers hommes et, pour se rassurer (je reconnais que
je simplifie à outrance, mais en gros, c'est ça) ont forgé des mythes fondateurs pour
expliquer l'existence du monde. Les mythes historiques ont pris naissance à l'apparition
de la sédentarité et de l'organisation sociale. Ils servent de justification au pouvoir
en place, le légitimisent, en quelque sorte. Le voyage initiatique fait partie de ces
derniers. Le myste est, en effet, appelé à devenir un héros, un être hors du commun et
donc apte à régner.
Les épreuves qu'il traverse pour en sortir triomphant mettent en évidence sa force
physique, son endurance, son intelligence et surtout sa connivence avec les esprits
supérieurs. Sa mort symbolique l'apparente aux dieux qui, tous, sont passés par là. La
descente d'Ulysse aux Enfers pour y retrouver ses ancêtres est une mort symbolique : il
est un des rares mortels à échapper aux forces de l'ombre et à retrouver la terre et la
vie. C'est pour cela qu'il règnera à Ithaque, malgré son grand âge. La mort symbolique
permet une régénérescence de l'être qui se défait de ses scories d'homme ordinaire.
Voilà, grosso modo, ce qu'on retrouve dans les ingrédients du voyage
initiatique. J'espère surtout ne pas vous avoir trop barbés.
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