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Une photographie de Chekib Abdessalam

Abécédaire d'un voyage initiatique, d'un pélerinage

 

par Lisette Jarry

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Aventure avec sa vraie nature,

Baptême des bosses et des bleus,

Chemin de Compostelle,

Déjeuner sur l’herbe douce,

Envie d’évasion spirituelle,

Fardeau familier à enfreindre,

Grimper sans geindre ni gémir,

Halte sur un lieu historique,

Invitation à une bonne sieste,

Jeûne d’un jour de pluie,

Kilos en trop à s’écrouler,

Long cheminement vers le lointain,

Magie d’une nuit sous les étoiles,

Nature cruelle, pure et dure,

Origine de sa destinée,

Prière de persévérance,

Quatre pèlerins qui marchent,

Recherche intérieure rigoureuse,

Sac à dos sur un sac d’os,

Tendinite tenace qui tiraille,

Unique objectif à atteindre,

Visites des villages d’Espagne,

Week-end solitaire,

Xérès d’un gîte accueillant,

Yin et yang, l’équilibre du yogi,

Zénith ou le point zéro,

Zèdessunaire » d’un voyage initiatique.

Sommaire :
I . Zénith ou le point zéro.
II . Sac à dos sur un sac d’os.
III . Unique objectif à atteindre.


Chapitre premier. Zénith ou le point zéro.


Au jour Z, zut ! le néant ! la page blanche ! et puis … l’invitation pour un voyage à thème par un simple message électronique.

L’idée germe d’un grand vide qui précède parfois les grandes décisions : envie de relever un défi.

De minuit à midi, rien de fructueux ne vient couronner la libre recherche intérieure.

Alors, je me jette au lit pour pleurer un peu, invitation à une bonne sieste j’en profite pour dormir intensément et, rêver.

Au réveil, je me réjouis à tort.

Bien sûr, des songes ont visité mon sommeil, l’ont agité de trouvailles richissimes, de réflexions dépassant l’imaginaire de ma conscience et s’en sont allés en courant d’air loin de ma mémoire.

Je me retrouve au point de départ, un peu plus reposée peut-être. Les traits détendus comme en ces années tendres où toutes mes cellules vivaient.

Engourdie par une mauvaise posture peut-être, l’épaule droite me fait souffrir un peu, ce fardeau familier à enfreindre me rappelle que même le plus grand des secrets meurt ou nous tue de n’être pas partagé.

Retour à zéro, l’expérience requiert de la concentration pour un dépassement de soi.


Chapitre deuxième. Sac à dos sur un sac d’os.


A l’heure S, silence ! l’absolue quiétude ! yin et yang, l’équilibre du yogi ! et puis … un dictionnaire oublié sur un coin du tapis évoque d’emblée l’ordre alphabétique de sa répartition.

L’abécédaire égrène allègrement les titres d’un voyage initiatique en vingt-six chapitres.

Dans la fougue de mon engouement, j’en ai oublié de manger. Ce sera juste le jeûne d’un jour de pluie.

Le bruissement léger des pages tournées ou plus sec des planches à dessins du dictionnaire rivalise avec les craquements du feu de cheminée, l’atmosphère de cette fin de journée se densifie à ouie d’oreille, la pluie n’a pas cessé.

L’humidité du mot –mouiller- contraste avec la sécheresse de –aride- ou la dureté de –bref- coup- ou de –front- dont j’allie le sens à la sonorité. Mon intérêt accru par ce qui est pour moi une découverte, rien ne me détournera de ma lecture dictionnairique sinon, peut-être, l’écriture mais pas la faim.

Pourtant, à la tentation d’une lune toute lumineuse comme les prunelles des amoureux, je ne résiste pas et file dans la campagne proche avec un thermos d’eau chaude au tilleul et une couverture dans mon sac à dos.

Le vent, en ôtant son voile de nuages à la nuit, l’a rendue limpide et plus claire comme un regard après des larmes.

Etourdie d’émerveillement, je bascule accidentellement dans le pas de l’ogre. Cette profonde empreinte rocheuse, d’où l’eau s’est déjà évacuée par une heureuse inclinaison et par de nombreuses fissures, semble se refermer sur moi. Je glisse dans l’obscurité des entrailles de la montagne, la peur me signale soudain que j’ai très envie de la ratatouille à l’huile d’olive qui parfume encore la cuisine jusque dans la véranda.

Le gros dictionnaire dans mon sac à dos freine ma chute puis amortit le choc de ma tête sur l’argile gluante de ce que je crois être le fond d’une grotte.


Chapitre troisième. Unique objectif à atteindre.


A l’instant U, ubac ! l’envers de moi-même ! unifiée, je me sens uniformément évidée de toute matière pesante et pensante.

Des stimulations extérieures ne me parviennent que de vaines impressions. Sans distinction entre les actions intentionnelles et les bribes de mouvements qui m’effleurent, le vivant s’infiltre en moi pour imposer sa loi à chaque particule de mon être.

Ce n’est pas l’effort physique et moral qui m’en coûte mais le calme d’un imaginaire éteint qui me retient là. Une vacuité béate anesthésie la volonté, l’illusion, la créativité, l’instinct, les besoins, le désir…

« Tu as trop d’imagination ! »

Une phrase assassine qui plombe mon existence depuis l’enfance : lorsqu’à douze ans je pleurais à la pensée de ceux qu’à l’instant même quelque bourreau torturait au Chili et tout près, au village même, qui sait ? ou, plus tard, quand je m’effarais qu’étant étudiante plus j’apprenais et mieux je réalisais la vaste ignorance dans laquelle, humainement, je resterai embourbée.



Le coma que les attentions affectueuses de ma famille, bienveillantes du personnel infirmier et parfois drôles de mes amis m’empêchent de dépasser, devient la chape de plomb dont j’émerge. J’atteins ce but, cette réalité objective malgré moi.



Délestée de ma vie intérieure et de mon passé, je commence à réveiller un ailleurs de moi-même. Aux contacts des êtres et des éléments qui m’entourent, me modèlent en m’enjoignant d’exister avec énergie, je me découvre libérée des mots n’ayant plus tant à dire mais beaucoup à vivre.


FIN ou plutôt DEBUT !

                                                                                            Lisette Jarry