Le maçon assembla les schistes et les marbres
Jointoyés au plomb sec et au mortier de chaux,
Pour ériger la Tour, tel un tronc minéral
Appelant les nuées en vaporeux feuillage.
Le maçon ménagea les voussoirs et les cintres
Arrondis au bédane et polis au grain d'eau,
Pour ouvrir un regard sur le ciel intérieur,
Ce pur geyser d'azur jailli de fonts anciens.
Le maçon
édifia la couronne toiture
Tuilée de bronze et d'or et ceinte de créneaux,
Pour clore la maison telle bouche scellée,
Enceinte d'un tracé secret d'architecture.
Le maçon semença les dunes alentour
de vents d'août et de sables gypseux,
Pour qu'un jardin d'oyats et d'ajoncs acérés
Orne d'herbe et de fleur les accores du mur.
Le
maçon consacra de paroles augures
Le sens caché du lieu et le nom de la Tour,
Verticale folie ainsi qu'un phare en terre,
Dédiée à Noçam son jumeau son miroir.
De la gorge de Dieu la réponse lumière,
Foudre froide et de soufre et chute d'astres pierres,
Fusa décapitant I'uvre neuve
flambant,
Projetant sur le sol les gémeaux têtes basses.
L'arcane XVI du TAROT de Marseille illustre ce voyage
Fissurée, la Tour
Au souffle du soufre s'ouvre,
Souffrance et fracas.
Tête
perdue, tête en bas
Le
savoir est renversant
L'ÉCREVISSE
NOCTAMBULE
ou
le
voyage de la Lune dans l'eau
Écrevisse aiguisée pour trancher le fil d'heures
Partageant la lumière entre soir et matin,
Les loups écartelés entre haine et amour,
Tu flottes sur le bleu d'un reflet immobile.
Quel zénith inventer pour désigner le site
Où la culmination du silence s'enlise
Dans le chant si ténu de ces esprits subtils
Naissant des vibrations de tes antennes souples ?
Sémaphores dédiés à l'ancien alphabet,
Pour épeler le nom de rites restitués,
Baptêmes à l'envers des eaux banalisées,
Attirez-vous la lune en inverse marée ?
Écrevisse, cercueil de nacre et de calcaire,
Écrin d'un corps secret, germe d'humaine forme,
Tu marches dans les eaux tel un chariot d'étoiles,
Carapace d'aurore, et gemme en fer natif...
Faut-il qu'un faux reflux comble la flaque d'encre
Où tu buvais les mots, avant que de vomir
Les doubles oraisons d'un oracle ambigu,
Annonce de merveille et clameur de miracle ?
Faut-il qu'un soleil vrai évapore le sang
Liquoreux que tu couves en attente de
Clore le cycle fou d'un cur irrésolu,
Par la mate implosion d'une éclipse éternelle ?
L'arcane XVIII du TAROT de Marseille illustre ce voyage. regardez-y ce détail,
l'écrevisse dans le plan d'eau inférieur.
Cancer ivre d'encre,
Face
close, en ostensoir,
Chiens
happeurs de manne.
Entre deux tours, chaque lune
A
dévoré un soleil?
TORTUE SPATIALE
ou
le premier voyage de la Tortue marine
Tortue, tête tordue, au dos d'or et d'ardoise,
Tu nages dans le vent arrondi des orages,
Rampant, lenteur rompue d'un rais prompt de soleil,
Pour goûter la tiédeur verdâtre des jusants ;
Marine au ventre lisse et que le sable érafle,
Tu creuses, dans le jour, une trace sinueuse;
Météore au long cours, gréé d'iode et de sel,
Obscure barque inverse à la coque de nacre,
Galet vagabondant divaguant sur les vagues,
Il faut le cri des fous pour annoncer aux dunes
L'imminente arrivée de ta douce dérive,
Oiseau sans ailes né d'un uf de glaise obscure,
Peureuse obstination à traquer les embruns ;
Le sable est mémorial où graver ton empreinte :
La poreuse écriture ainsi déroulée dit
Ta rigueur à rêver d'un univers plus stable ;
L'éclair qui te poursuit, messager de nos craintes,
Ne pourra transpercer le temps que tu traverses ;
Tortue compacte d'eau aux yeux d'étoiles clous,
Galaxie close et dense et genèse d'un dieu,
Les mots du manuscrit proclament ta ferveur
A prier, pour combler notre faute finale,
La fissure en nos vies qu'élargit notre excès,
Précipité houleux de vitesse et de hâte...
TORTUE TEMPORELLE
ou
le second voyage de la Tortue marine (à lire lentement)
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Tortue lune,
Tu nages dans le temps,
Sur ton dos de nuit chaude emportant
Poulpes aux bras d'étoile, aux ventouses comètes,
Les lourdes galaxies.
Tortue mot,
Tu marches dans l'espace,
Imprimant l'alphabet de tes traces
Pour écrire les noms de nos infirmités,
Sur le papier cosmos.
Tortue onde,
Tu glisses dans l'éther,
Caravelle à la coque hémisphère,
Tes ufs quartz enfouis dans le sable des yeux,
Inventeuse de houles.
Tortue flamme,
Tu grattes dans la cendre
Des mondes consumés, pour entendre
Des dieux agonisant aux portes des enfers,
La prière dernière
Tortue sang,
Tu rampes dans les eaux
De la boîte où flottent nos cerveaux,
Mot à mot composant nos jours et notre histoire,
Caverneuse mémoire
Tortue spasme,
Tu trottes dans nos curs,
Maîtresse des amours et des peurs,
Hésitant, cahotant de diastole en systole,
Épousant notre pouls.
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AUX HUIT CHEMINS
ou
le voyage métaphorique [2]
Le chemin de l'idée |
dans la prison des
mots,
Associe la
serrure aux yeux clos des gardiens :
Les cheveux des
barreaux sont cordes de méduse
Nouées pour
garrotter les spasmes de l'aurore.
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Le chemin du désir |
dans le cachot des
lèvres,
Hésite entre
l'aveu et le renoncement :
La parole, à
son fil, coud l'étoffe des langues
A points
controversés par les ciseaux du temps.
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Le chemin de l'abeille
Le chemin de l'artère
|
écartèle sa
danse,
Entre l'espace
plat qui engendre les fleurs
Et les vergues
du vent où brisent les odeurs,
Avant de
s'échouer aux grèves de la ruche.
au blanc de
l'os incruste
L'empreinte
d'un cerveau aux gestes d'araignée,
Digérant
l'agonie de chétifs songe-mouches
Englués aux
filets de nos angles faciaux.
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Le chemin de l'orage |
encercle d'un
fouet froid
La gorge de
l'Orient, l'étrangle de tatouages,
D'écritures,
de clefs, de runes cryptogrammes,
Lacérant la
peau d'or, caresse d'alphabets.
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Le chemin du hasard |
invente ses
impasses,
Traces de
l'ongle aigu d'un dieu voyeur, fendant
La voûte
papier noir de la cave au soleil
Pour épier le
sommeil d'électre bouche d'ambre.
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Le chemin de l'étoile |
au décours du
zodiaque,
Guide des mages
fous qui traquent d'ère en ère
L'erreur de
l'équinoxe insinuée sur le sable,
Orbe de serpent
noir qui se love et divague.
|
Le chemin de la nuit |
se creuse pour
Neptune,
Fatigué de
vomir l'algue bleue des marées,
La cavale aux
fers d'eau qui effondrant les dunes
Galope dans le
flot puis rue dans le jusant. |
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2
Extrait de Le sculpteur deaux, Prix Jacques Normand 1987 de la SGDL,
inédit.
L'ARCHIPEL AUX SEPT ILES
ou
le voyage d'un jour [3]
1 Le matin vous surprît à Pernes-les-Fontaines
Et son coulis câlin d'un frisson silencieux
Vous inondât de mots évocateurs d'aveux
Naufrages annonçant des extases prochaines
2 D'une venelle chaude à Vaison-la-Romaine
Fîtes une ruelle au lit de ses élans
Et les lisses galets déferlèrent en lents
Ressacs pour une houle oblique et incertaine
3 Jaillis des tourbillons de
L'Isle-sur-la-Sorgue
Mille violons vibrants composèrent de pluies
Musique déchiffrée où le soupir s'enfuit
Un double concerto pour délice et pour orgue

4 Vous errâtes autour des cloîtres de
Sénanque
Dans ces embruns de sable où la moiteur des
brumes
Dissout ces encens bleus dont le ciel parfume
La nef échouée au sec d'une abrupte calanque
5 Vous vîtes le soleil aux murs de Silvacane
Brûlant le chant doré d'une acide cigale
A l'heure de complies annoncant une escale
Propice à accomplir des psaumes plus profanes
6 Le crépuscule vint aux bords de Lourmarin
Glissant sur l'eau qui sourd de la lueur des
sources
Vers un cap très secret fléchissant votre
course
Vous fûtes barque creuse en la main du marin
7 La nuit vous étreignit dans les approches
d'Aix
Sous vos robes le vent se fit caresse exacte
Aux rêves de désir et de calme accostâtes
Pour ancrer votre bouche aux algues de son sexe
Les remous de l'amour creusèrent en Provence
De liquides chemins à vos tièdes marées
Et vous fûtes ces soirs à ses reins amarrée
Bercée telle une épouse aux noces de
l'errance
(3) Extrait de Le sculpteur deaux, Prix Jacques Normand 1987 de la
SGDL, inédit.
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