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Une nouvelle fois, je me retrouve là. Les pieds bien sur terre, la tête déjà en mer. La pointe du Cotentin est la plus belle rampe de lancement que j’ai jamais pu trouver à mon imaginaire.
Le ressac et les cris des mouettes pour BO, devant moi, le film commence.
Depuis combien de temps ai-je pris la mer ? Depuis combien de temps l’ai-je quittée ? C’est déjà l’Atlantique Julian, c’est déjà loin derrière que se trouve la terre. Y a-t-il des sirènes ? Y a-t-il des pieuvres géantes ? Quand est-ce que tout débute enfin ?
Mais je ne suis pas dans mes livres, et je ne suis pas dans mes rêves. Tout est vrai. Et seulement la tempête me le rappel. Si mon aimée m’avait demandé de traverser le Pacifique plutôt, je ne serais pas dans cette détestable aventure.
L’océan m’en veut de je ne sais quoi exactement. Il court sur moi, plonge au-dessus de ma tête, et vient s’écraser sur mon voilier. Sa violence a déjà arraché un mât. Celui qui se trouvait à la proue. Plus que deux pour te retrouver.
Mais quelle idée t’a prise de partir aux Amériques ! Qu’y a-t-il de plus là-bas que je ne puisse t’offrir ici ? Le jour se lève, la mer est calme, un léger vent se lève. J’hisse à nouveau les voiles : à tout de suite.
Je m’aperçois de deux choses : tout d’abord, j’ai pris trop d’alcool avec moi, je ne parviendrais jamais à tout boire avant de toucher terre ; et, j’ai bien fait de partir seul malgré tout. Ainsi, je sais pourquoi je suis parti.
J’ai noircit un cahier et lu trois livres en un mois. J’espère arriver bientôt car il ne me reste plus qu’un livre et un cahier. Je n’aurais jamais pensé pouvoir tant écrire. Mais le silence ne cesse de te chanter, je transcris simplement. Ecoute :
« J’ai refusé l’aide de Poséidon car je veux respecter les règles. Aphrodite m’a proposé son corps, mais je veux te rester fidèle. Errant parmi les vagues, je poursuis toujours ton étoile. Tel le fameux Don Quichotte se battant pour sa belle Dulcinée.»
Depuis ma falaise, je te vois. Droite, raide comme une statue, tu m’attends. Et je partirai un jour te rejoindre Liberté. Mais je n’ai que vingt ans, j’ai encore le temps. Je partirai peut-être demain. Et j’hume une dernière fois ton parfum avant d’ouvrir les yeux…
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