De New York, ce 19 août 20..
Chère Anne,
Je joints cette lettre, comme une note explicative, à la malle que tu viens de recevoir.
Tu trouves tout cela inattendu? L’impulsivité n’est pas ta grande qualité ! Nous étions de si bonnes amies. J’ai peine à croire que tu ne veuilles plus m’adresser la parole depuis que Jules est venu s’installer ici. Avoue que c’est quand même plus pratique, ça l’irritait tous ces allers-retours.
Tu sais, je ne t’oublie pas. Je me souviens très bien de ton anniversaire le mois dernier. Nous étions, Jules et moi, à Soho ce jour là, quand il a voulu t’acheter une babiole. Tu connais ma jalousie affligeante, et bien j’ai réussi à le convaincre de m’offrir un collier à la place.
J’ai voulu te téléphoner l’autre soir. Puis j’ai trouvé l’idée trop incongrue après tous ces mois de silence. Figure-toi, je venais de trouver un billet d’avion sur le bureau de Jules : un aller simple pour Paris. Il n’a pas vraiment eu le temps de s’en expliquer avant de disparaître.
La police française t’a peut être déjà contactée. Jules a cessé d’être visible et cela devient une affaire transatlantique! Ici ils me harcèlent également, la police de la ville et même le FBI comme dans un bon feuilleton policier! Qu’est-ce que je peux leur raconter puisqu’ils n’ont retrouvé ni corps ni arme? Ils parlent déjà de m’extrader en France. Mon avocat m’a plutôt parlé d’une grande maison au calme, au vert, près de Newport.
Pour en revenir à cette malle, j’ai pensé, que puisque tu tenais tant à Jules cela te ferait plaisir. Vous étiez toujours mariés après tout. J’ai eu du mal à tout caser à l’intérieur alors j’ai du découper pas mal de choses mais je pense que tout y est. Tu connais ma ténacité.
Je t’embrasse,
Ton amie Joyce.