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Elle était une figure de proue endormie dans un musée.
Il était l'enfant qui, profondément ému, avait
assisté, impuissant, à sa découverte sur la
plage, après une forte tempête. De longues années
plus tard, il est venu dans le musée, ils se sont revus,
ils se sont parlé mais ne se sont pas compris.
La mer avait broyé dans son poing d'eau géant
les flancs du grand vaisseau maître de mon destin,
elle m'avait vêtue de l'écume de l'ombre
pour m'aller déposer en rivage incertain.
J'étais nymphe de bois fille du cur d'un chêne
et du ciseau habile d'un homme généreux,
j'étais belle de proue polie par la caresse,
meurtrie par la furie des mains de l'océan.
Souviens-toi, souviens-toi, souviens-toi
c'était le matin triste d'une nuit d'effroi.
La mer avait posé les bruits de sa colère
dans le nid retranché de ses vagues repues,
elle léchait en vain, ô, douloureuse mère !
les longues écorchures de mon corps vaincu.
J'étais enfant perdue aux larmes d'eau salée,
mon chemin s'arrêtait là où le sable naît
dans l'étreinte secrète de la terre et de l'eau
dans l'enlacement gris du jour et de la nuit.
Souviens-toi, souviens-toi, souviens-toi
c'était le matin triste d'une nuit d'effroi.
La mer avait confié aux rochers immobiles
un ultime message avant de s'en aller,
écrit de goémon, juste un mot, quelques signes,
les lettres de mon nom hâtivement jetées.
Toi seul avais compris les traces malhabiles,
toi seul avais cueilli aux algues des rochers
les lambeaux griffonnés qui m'auraient donné vie,
tu disais " Ophélie !", mais aucun entendait.
Rien que toi, rien que toi, rien que toi,
Dans ce matin trop triste qui pleurais près de moi.
La mer me coud des robes d'écume et de silence
que je porte la nuit dans ce musée trop froid.
elle t'a ramené au pays de l'enfance
et tu as murmuré, en me retrouvant là :
" Ophélie ! Ophélie ! Ophélie ! femme
de mon passé,
premier cri de mon cur, chagrin du premier jour ;
Ophélie ! Ophélie ! femme de mes errances,
le début de ma vie, mon premier mot d'amour
"
Reste encore cet enfant près de moi !
Mais, déjà, tu me quittes
Souviens-toi ! Souviens-toi ! Souviens-toi !
Mes mots de bois s'effritent,
tu ne les entends pas
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