Une photographie de Stéphane Popu

Prescription

de Caterina Stempti

La tempête

Sommaire

 

Non, elle ne veut pas y croire.
Et les flots colorés s'emballent avec tant de force que l'on serait tenté d'en imaginer l'écume rosée et giclante.
Mais Véra a souhaité toujours rester douce… toujours et par-dessus tout. C'est cela sans doute être bien élevée, même au prix des plus grands dangers…
Les vagues se cognent aux parois des canaux et elle se dit qu'un jour, l'un ou l'autre finira par se rompre. Il y a des chiffres, des paliers que la houle n'a pas à dépasser.
Véra se sent ivre, comme le bateau. Ne faut-il pas l'être un peu pour penser à Arthur dans de pareils moments?
Elle croit rester au bord de la tempête, elle y est en plein cœur.
Elle pressent pourtant qu'il faudrait s'échapper, alors elle ferme les yeux et tente de composer un autre paysage : celui du ruisselet, abandonné, qui coule selon la colline ou la plaine, et malgré les cailloux en travers de son cours… mais toujours la tempête reprend ses droits, pleine de son chaos et de rafales.
Il n'est plus venu… elle le sait ailleurs, dans d'autres bras. Et plus jamais, sans doute, il ne l'aimera.
Pas de larmes pour Véra.
Mais le tumulte des flots rouges ne désarme pas. Elle se rappelle fugitivement les planches anatomiques du dictionnaire et se demande encore où et quand, viciés, ils bleuissent.
Véra ne peut pas attendre l'éclaircie qu'annoncent tous les dictons. Il lui faut très vite une autre sorte de cercle blanc, rose ou rouge que le soleil : un comprimé, hypotenseur.

Caterina Stempti