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Une photographie de Yann Beauson |
Passages
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Peut-être parce que le passage désigne par essence une action ou une réflexion qui échappe à la formulation. C'est un laps de temps ou une portion d'espace entre ce qui était et ce qui sera, entre ce que l'on quitte et ce que l'on va trouver, il n'existe pas en lui même. C'est pourquoi cet instant, ce lieu, lorsque nous sommes ammenés à les décrire, prennent une dimension hors du commun, quasi fantastique. Je me souviens ainsi d'une autre nouvelle de Cortazar (vous finirez comme moi : accro) Autre ciel où son personnage passe du Passage Güemès de Buenos Aires dans les années 1945 au Passage Vivienne de Paris dans les années 1970, de sa fiancée à une prostituée, pendant que rôde un étrangleur. Cortazar crée un monde où tout est possible sous son ciel de plâtre et sa lumière artificielle, le temps, l'espace, les classes sociales tout y est aboli pour une liberté totale qui prépare à tous les passages à l'acte. Passage. Passages. Ne nous attachons nous pas à ces passages terrestres pour essayer d'appréhender (et/ou d'exorciser) l'ultime passage, celui de la mort qui n'est pour certains qu'un cul-de-sac (mais comme disait Cioran dans ses Cahiers, "Dieu est, même s'il n'est pas" -c'est lui qui souligne-). Pour moi cependant, le passage absolu reste la phrase, l'écriture qui nous emmène vers les autres, au plus intime de nous mêmes, passage enveloppant ouvert pourtant sur un ailleurs. Si nommer c'est faire exister, lire c'est assurément passer d'un état à l'autre : état d'âme, état d'esprit, état des lieux, aucune lecture n'est neutre ou si elle l'est, c'est au même titre qu'un catalyseur. Mais passons et laissons nous guider au fil des textes de ces 15 auteurs, passeurs d'hommes et de mots. Dictionnaire historique de la langue française
dir. Alain Rey, Le Robert : 1992 |
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Anita Beldiman-Moore |
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