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"Avec
l'illusion, l'espérance aux yeux d'ombre"
Victor Hugo -Les contemplations
Ombres
chinoises donc, illusion certes mais théâtre d'une
réalité que l'on hésite à dire révélée
à elle même ou caricaturée :
"La
pauvre lumière jetait sur les murs gris les ombres des têtes
avec des nez énormes et des gestes démesurés.
On voyait parfois une main géante lever une fourchette pareille
à une fourche vers une bouche qui s'ouvrait comme une gueule
de monstre, quand quelqu'un, se tournant un peu, présentait
son profil à la flamme jaune et tremblotante.
Dès que le dîner fut achevé, Madeleine entraîna
son mari dehors pour ne point demeurer dans cette salle sombre..."
Guy
de Maupassant - Bel Ami (1885)
ou
encore
"Trois
boutiques étaient seules ouvertes, celles d'un boucher, d'un
marchand de vin et d'un pharmacien. La porte vitrée du cabaret
était imprégnée d'une buée qui ne laissait
voir les buveurs qu'à travers un voile. Ils ressemblaient
ainsi à des ombres chinoises. Ces silhouettes dansaient sur
le mur et sur la porte comme sur un drap blanc, les nez se dessinaient
bizarrement, les moustaches semblaient démesurées,
les barbes devenaient colossales et les chapeaux se cassaient de
burlesque façon."
Joris Karl Huysmans - Le drageoir aux épices, suivi
de Pages retrouvées - (8) Claudine
L'illusion
de la vie ou la caricature de la mort, une sorte de farce burlesque
qui nous aide à en apprivoiser l'idée.
"...La
peur l'accompagne comme l'ombre le corps,
elle l'assaille dans les ténèbres,
se révèle dans son sommeil,
prend, parfois la forme du courage.
Et
cependant il existe une peur, une peur plus forte,
plus forte encore que la peur de la mort,
une peur plus peur encore :
une peur de la folie,
la peur indescriptible
qui dure l'éternité du spasme
et qiu procure le même douloureux plaisir ;
la peur de cesser d'être soi-même pour toujours,
en s'engloutissant dans un monde
où les paroles et les actes
n'auront plus le sens que nous leurs donnons d'habitude ;
dans un monde où personne,
même pas nous,
ne pourra nous reconnaître..."
Xavier
Villaurrutia - Nostalgie de la mort
José Corti (Ibériques), 1991
(édition bilingue préfacée par Octavio Paz)
Alors
contre cette peur, contre ces ombres ambigues qui nous assaillent
ou qui nous singent avec une dérangeante acuité, il
reste les mots et c'est avec les mots de ces 22 auteurs que je vous
laisse...
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