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Parmi
les silhouettes éteintes, figures livides, pâles à
faire peur, masquées derrière la cire épaisse
de leur peau, une fille à l'arrêt devant des bibelots.
Sa
main découpe des sphères dans l'air. Son regard se
perd dans les ruelles sans lumière qui vivotent de l'autre
côté des massifs. Son parfum est frais, torrentiel,
entre le jasmin et la carotte. Terriblement troublant.
Le
mélancolique louvoyeur aux fossettes ensanglantées
fraîchement par le feu du rasoir, la voit-il? N'est-elle,
au petit matin, qu'une ombre?
Telle
Juliet filmée, approximative dans le cadrage, il la suit
aussi du regard, de la main, de son parfum à lui, entre la
mangue et l'asphalte, terriblement insignifiant. La guettant, il
s'arrête devant une pile de vêtements pour nourrissons,
des peluches, des cubes dépareillés, une marionnette
roussie par la salive chocolatée de quelque gniard maintenant
grandi et passé à d'autres travestissements. Mais
le louvoyeur funambule ne pense à rien de tout cela.
Du
parfum, de la main, du regard, il la suit, oscille entre deux lampadaires,
vacille, s'avachit dans sa mélancolie. L'autre, l'ombre,
dénude un bibelot japonisant. Toutes les saveurs, tous les
exotismes se mêlent, dans ce hameau perdu que hantent les
silhouettes.
L'ombre
abandonne les bibelots, et le louvoyeur perd sa trace. Continue
de chiner, comme il faut bien se faire aux plus grandes douleurs.
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