Une photographie de Catherine Merdy

Maison hantée

de Renée Laurentine

La nuit

Sommaire


C'était une maison hantée. Mais par qui ou par quoi, nul n'aurait pu le dire. Il fallait donc y passer quelques nuits pour voir.
Il monta au grenier d'où l'on a - dit-on - une meilleure perception des fantômes. S'installa dans un fauteuil boîteux, avec un livre et une chandelle.
La première nuit, seule une lointaine chouette vint interrompre un instant la paix de la veillée … un triste appel issu du fond des âges, du fond des bois…
La deuxième nuit, il s'endormit sur son livre, car il ne se passait rien, ni dans le récit, ni dans la vieille demeure, obscure et muette.
La troisième nuit, les pages de son livre se mirent à tourner d'elles-mêmes ; la flamme de sa bougie chavira plusieurs fois avant de s'éteindre sous un souffle imperceptible. Il entendit la clef verrouillant la porte, puis le terrifiant silence arrêtant la marche du Temps.
Soudain, il se sentit forcé de se lever, comme si des griffes l'avaient saisi, le poussaient vers la lucarne qui s'ouvrit sans le moindre son.
L'air frais de septembre l'enveloppa. Il étendit ses ailes et prit son essor par-dessus la girouette, les pins, le clocher endormi… et il sut que depuis toujours il avait été grand-duc et avait attendu cet instant nocturne pour déployer sa vie par-delà les toits, par-delà les murs, dans les champs inclôturés du ciel, des étoiles et de son Désir…