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C'était une maison hantée. Mais par
qui ou par quoi, nul n'aurait pu le dire. Il fallait donc y passer
quelques nuits pour voir.
Il monta au grenier d'où l'on a - dit-on - une meilleure
perception des fantômes. S'installa dans un fauteuil boîteux,
avec un livre et une chandelle.
La première nuit, seule une lointaine chouette vint interrompre
un instant la paix de la veillée
un triste appel issu
du fond des âges, du fond des bois
La deuxième nuit, il s'endormit sur son livre, car il ne
se passait rien, ni dans le récit, ni dans la vieille demeure,
obscure et muette.
La troisième nuit, les pages de son livre se mirent à
tourner d'elles-mêmes ; la flamme de sa bougie chavira plusieurs
fois avant de s'éteindre sous un souffle imperceptible. Il
entendit la clef verrouillant la porte, puis le terrifiant silence
arrêtant la marche du Temps.
Soudain, il se sentit forcé de se lever, comme si des griffes
l'avaient saisi, le poussaient vers la lucarne qui s'ouvrit sans
le moindre son.
L'air frais de septembre l'enveloppa. Il étendit ses ailes
et prit son essor par-dessus la girouette, les pins, le clocher
endormi
et il sut que depuis toujours il avait été
grand-duc et avait attendu cet instant nocturne pour déployer
sa vie par-delà les toits, par-delà les murs, dans
les champs inclôturés du ciel, des étoiles et
de son Désir
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