Une toile de Yfig

AMOUR AMER

par Marie Bataille

La mer, amère ?

Sommaire

 

Chant, silence, dentelle, solitude, pierres montées en arguments. Mes yeux se livrent au vertige. Ile nue, danse qui soûle. La mouette a laissé sur la feuille trembler un frisson de duvet. Le foyer brûle en moi qui défait mon corsage et me plie sous son aile et sa flamme me baise les flancs, les bras, le cou et la voilà qui danse dans mon sang fluide, atomique.

Danse. Île nue. Rêve sous les paupières que le ciel a rougies. Dents qui rient au ciel vide.

Je tremble encore, obstinément. Une note majeure a craqué dans mes os. Mon pouls s'excite et se disperse. Un fleuve surgi de la mer rampe ses vagues sous mes reins. Eau blanche, neuve, cristallisée, eau chaude et creuse dans les galets.

Silencieuse, j'attends ... et le silence vibre dans son enveloppe froissée. Cœur qui bat contre le mien. Crinière noire que j'ai envie de mordre, qui agace mes lèvres, mon cou, doucement et puis brusquement, avec des accès de rage. Attendre ... attendre ... un certain temps. Abîme insondé. Envie de vivre et de donner, de dire qu'on a compris. Sourire à la sirène dont le bateau divague. Vœu de chaleur dans la fumée qui navigue. Onde par onde, l'alchimie saline s'avance, manque un pas et reprend son élan, incessamment.

Je tiens compte de tout. Larme au fond du cœur. Le silence est la parole la mieux comprise, la mieux partagée, la plus fidèle. Les voix se sont éteintes. La mer parle pour nous.

Nous nous sommes fondus aux galets, inanimés, sages, apaisés.

 

Marie Bataille

(1966) — Texte publié dans la revue Comme en poésie, n° 1