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A n'être plus qu'un souvenir, on en devient rien qu'un instant ;
un instant, ça n'a pas d'avenir, un instant ça n'est plus le temps ;
un instant, c'est presque immobile, statue posée dans le jardin
des jours qui passent, qui défilent et qui se glissent entre les mains ;
ces jours qui changent l'ombre des choses au gré de l'il du luminaire
et transforment l'odeur des roses en leur absence sous l'hiver,
ceux qui gardent d'un ouragan rien qu'un petit vent de folie
pourvu qu'il y eût un moment comme une trêve, une accalmie.
Le temps dérange le temps
quand les accents du vent d'hier
parviennent jusqu'à maintenant
comme une plainte, une prière.
A n'être plus qu'un souvenir, on en devient juste une image ;
une image ça peut jaunir un peu ses bords, pas d'avantage,
et ça devient vite impassible, ça n'existe presque plus,
on n'y prend pas la moindre ride aux aléas du temps perdu ;
ce temps qui déserte l'album des bonheurs qu'on a tant cachés
que c'est à peine s'ils nous donnent quelque lumière à deviner,
ils ont effacé les secondes à trop aimer les répéter
et si, parfois, ils vagabondent, c'est pour tenter d'y échapper.
Le temps ignore le temps
et tout s'embrouille de nuages
quand s'ouvre silencieusement
le livre tendre des images.
A n'être plus qu'un souvenir, on en vient vite à s'oublier,
à se figer dans un sourire jusqu'à s'endormir pétrifié
dans le regret bien inutile de l'instant jamais refermé
comme un négatif malhabile où la lumière aurait passé
au fil des jours et des saisons ne sachant plus très bien tourner
et qui s'étourdissent en rond mêlant l'hiver avec l'été,
mais, si l'automne a su pourtant se réfugier sous les paupières,
les pluies dévalent au printemps confondant le ciel et la terre.
Le temps ne sait plus comment
compter ses jours et ses saisons
quand se dévoile innocemment
le cliché brouillé d'illusion.
A n'être plus qu'un souvenir, on en devient plus qu'une chose
à qui l'on n'a plus rien à dire et qu'on remise dans l'alcôve,
un truc qui s'est un peu fané mais qu'on aime, les jours tristesse,
caresser dans ses mains mouillées jusqu'à ce que le cur se sèche ;
alors on retourne à l'oubli, caché tout au fond d'un carton,
jusqu'à ce qu'une nouvelle pluie mette de l'eau dans la maison,
et qu'on se retrouve trempé, transi, tremblant et le cur nu,
sur le trottoir, en attendant qu'une main nous prenne à la rue.
Le temps se trompe de temps
dans la longue nuit des greniers,
et c'est bien mieux, finalement,
qu'on n'y voie pas le temps passer.
A n'être plus qu'un souvenir on en devient presque un mirage ;
un mirage ça peut venir se poser sur le paysage,
à peine on a le temps d'y croire, le temps d'y mettre un peu d'espoir,
le temps d'aller à sa rencontre, il a même emporté son ombre.
A n'être plus qu'un souvenir on déserte le temps présent,
on s'arrête dans cet instant qui avait su nous attendrir,
et quand, au fond, la vieille image n'est qu'une habitude, un bibelot,
c'est là qu'il faut ouvrir la cage et dire au revoir à l'oiseau.
Le temps retrouve le temps
lorsque la cage est désertée ;
si l'oiseau vient de temps en temps,
c'est juste pour se rappeler
qu'il était une fois, avant
que la cage ne l'ensorcelle,
tout en ronronnant dans ses ailes
il aimait tant vivre le temps.
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