Une affiche de Stéphane Popu

MNEMOSYNE

de Colette Haddad

Mémoire

Sommaire

 

A MNEMOSYNE

derrière le front clos, dans un recoin obscur,
se terre en permanence une forme sans âge aux pouvoirs infinis
elle parcourt l’espace à petits pas furtifs,
glanant de ci de là les mots intempestifs
qu’elle fait mijoter dans son chaudron maudit

ô sournoise mémoire !
qu’as-tu donc concocté pour ce nouveau voyage ?

tu m’as sortie du temps,
transplantée dans l’avant,
a fait vivre pour moi des fragments d’autrefois

ce passé révolu qu’on ne refera plus !
pourquoi donc t’acharner à le ressusciter ?
ancestrale conteuse, limonaire barbare , hypocrite gardienne !
en hideux jacquemart tu scandes sans répit
l’inutile refrain de ce temps qui n’est plus

bon ou mauvais ? qu’importe !
un souvenir est mort
mais tel un nécrophage
tu suçotes sans fin ses bribes faisandées

je n’ai que faire de toi et de tes bavardages
la route que je prends va d’un autre côté

laisse-moi m’en aller vers un autre voyage
dans ce présent où tu n’as pas droit de cité

*
***

 


LE REVEIL DE MNEMOSYNE

derrière le front clos
de sinistre mémoire
le vieil implant dormant
s'est soudain réveillé

siffle siffle serpent ranime la mémoire
mnémonique poison jadis entreposé

l'enfant nu hurle en vain
nul ne pourrait entendre ce fantôme oublié
que le temps dévora

écheveau emmêlé sur lequel il s'acharne

siffle siffle serpent ranime la mémoire
distille les poisons jadis entreposés

ô belles bandelettes
cachant la pourriture
si savamment tressées pour la postérité

l'enfant nu hurle en vain
fantôme dévoré

il n'y a pas d'enfant dans ces ruines moussues
nul serpent n'a crissé
le temps est révolu

de ses yeux révulsés il sonde sa mémoire
par-delà le front clos
tout dépressurisé
le temps coule en sanglots
empuanti d'oubli

et glissent des serpents dans les orbites vides

Colette Haddad