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Si
j'étais une loi physique, je serais celle de la pression.
Il y a toujours une force inconnue qui essaye de grimper en moi,
puis de me distendre. Comme si j'étais l'escalier d'un phare
à grimper au
fur et à mesure qu'il se constitue.
Comme si la lumière devait à tout prix prendre possession
d'un gouffre.
Avant, j'évitais de lever les épaules, pour ne pas
me retrouver perchée
sur des légendes de marins qui auraient cru m'apercevoir.
Je devais
demeurer fantomatique, historique, prononcée à mi-voix
entre les deux
pages les moins reconnaissables d'un livre.
Je
voulais ressembler aux autres, être une île plate qu'une
demi-main
suffirait à calmer. Une progression végétale
au couleurs décalées : tige
rouge, sève bleue, lisière d'or scintillant sous l'eau.
Une sorte de néant bien habillé.
Entre temps, il y a eu le vent, le chien fou qui court à
reculons,
l'ancre déserte qui s'alourdit autour du cur.
Entre temps, il y a eu le souffle des hommes qui m'ont ranimée,
étourdie, faite tourner des centaines de fois sur moi-même.
Il y a eu la danse rieuse du réchauffement.
Par
leurs plongeons répétés, les hommes ont recousu
mon eau. À chaque remontée, ils laissaient un peu
plus d'eux mêmes au pied de ma falaise.
Quand leurs moitiés sont devenues égales, elles se
sont réunies en
rites, consumées en roues autour des villages.
Entre
temps, il y a eu le souffle, le tapis interne qui a modelé
ma
forme, l'évasion des mots hors de mon centre aveugle où
je n'existe
qu'en projet.
Maintenant,
on me sert telle quelle, avec mes mouvements irréguliers
de jeune planète, avec mes racines qui gouttent, avec mon
corps ramené vivant d'un long sommeil sans rêves.
Des
maisons blanches habitées par des femmes sombres ont soulevé
ma terre. Elles ne montraient leur couleur que la nuit, se transformant
en grands oiseaux lumineux qui se frottaient contre moi.
Mes
habitants se livraient à des cérémonies au
sens connu d'eux seuls : clapotis de mains dans les vagues, chants
soutenus par le battement des pieds, terres venues d'autres mondes
versées en poudre dans mon volcan.
Poissons fabuleux accrochés à leurs chevilles, ils
soufflaient des
secondes, entreposaient des chants dans ma crique, leur vibration
entourée d'un coquillage.
Ils soufflaient dans des instruments faits de ma matière,
combinaient
des notes avec des densités, des syllabes avec des forces.
Avec eux, j'ai dérivé vers l'éclosion des seins
du temps puis je me suis
soulevée pour vivre.
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