Une photographie de Mari Mahr

Transhumanc

par Renée Laurentine

Liberté

Sommaire


Dans le port de New York
la géante éclaireuse brandit son flambeau
et sur son cœur étreint le compendium des Lois

On arrive pêle-mêle
chacun avec sa petite Amérique
sagement pliée dans la valise.
On l'en sort, on la secoue à l'air
et la puissante torche
pour chacun illumine
un petit Eldorado
illumine la Légende
illumine des recoins d'âme
mal dépoussiérés
illumine des regrets des soupirs
des toiles d'araignée . . .

La Liberté s'illumine elle-même
et se découvre monstrueuse fabrication
lourde déesse casquée
bras fatigué de se tendre
œil fatigué de veiller
Liberté fatiguée d'exister
en de vaines paroles et sur des parchemins
tout écornés . . .

Dans le port de New York
on arrive éberlué
et le cœur bat à en éclater…
on étouffe on frissonne
les fleurs de l'imagination
naïvement bourgeonnent

On suit un parcours fléché
et l'on reste pantois
assailli de néons, gratte-ciel, dollars, IBM, Coca-Cola
on rêve Hollywood, Far West, Las Vegas . . .

Dans le port de New York
sous l'impitoyable éclairage
d'une statue de bronze
on franchit le portail
d'un nouveau monde vertical
où l'enivré de Liberté
d'un pas moins sûr s'avance
vers des pâturages moins verts
des brises moins clémentes
et des chaînes trop familières
à secouer . . .