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«Même
si je le voulais, se dit-elle, je ne le pourrais pas. »
Les
fleurs gardaient leur couleur jaune ; la musique répétait
son rythme neuf ; la lumière ne variait pas depuis le matin.
Dehors la rivière charriait son eau claire, éternellement
fascinante. Tout maintenait sa vigueur dexistence. Jenny,
elle, faisait le point sur celle de son esprit, de sa mémoire,
de son corps. « Jai vu les autres changer, ils mont
vue aussi ». Elle serra dans ses mains la natte blonde
qui laccompagnait de côté. Sa pupille devint
plus large, comme celle dune chatte dans la nuit. Trois ou
quatre, ou même cinq décennies dâge nimportaient
pas, ne pesaient pas sur son permanent goût de vivre. Pour
dautre vivre pose précisément la question de
refaire ou ne pas refaire ce quon a déjà fait
; pour elle cela réactivait la sempiternelle envie de repasser
par des chemins parcourus, juste comme la soif qui revient pose
bien la nécessité de la répétition exacte
dun besoin. Elle respira fort afin de sinsuffler le
présent tel un diamant quon incruste, le présent
qui noffrait jamais rien de suranné. « Voyons,
que me faut-il ? Mais les autres, voyons ! Ceux qui ont léclat
du diamant, précisément, ceux qui sont partis, ou
dautres qui pourraient être comme ceux-là si
longtemps après. » Rien ne bouge dans ce désir
en creux. Autant certains ne souhaitent plus humer les parfums du
jardin dEden -sils sont sceptiques grand bien leur fasse
- autant dautres naspirent quà y retourner
et sont sûrs a posteriori que leurs sens, leur esprit, ne
peuvent pas vibrer moins fort à chaque fois.
Debout
près de la fenêtre, elle entama un pas de danse léger,
assez pour imposer le mouvement en drapé de sa silhouette,
assez pour réactiver une pensée de laube. «
Même si je le voulais, pensa-t-elle, même si on me le
conseillait, quon my invitait pour mon bien, je ne pourrais
pas vieillir, pas souhaiter autre chose que ce que je souhaite,
mon retour permanent à la case de neige vierge, deau
pure, de vent sucré.. »
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