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Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
pour empêcher l'ivraie
d'étouffer le bon grain.
Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
pour empêcher le vent
d'assécher les jardins.
Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
pour garder le soleil
de l'envie des voisins.
Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
pour n'avoir de la pluie
que sa bénédiction.
Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
pour réserver le ciel
à leurs invocations.
Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
pour repousser l'hiver
loin de leurs blanches mains.
Ils croyaient qu'il suffirait d'un
mur
mais il n'en fut rien.
Le vent dispersa les graines d'ivraie
par-delà le mur dans les
sillons d'or.
Le soleil mûrit les fruits
et les baies
sans trop s'occuper d'où
était leur bord.
La pluie s'épanouit sans
dehors dedans
par-dessus le mur sans choisir son
camp.
Le ciel déploya ses voiles
d'azur
loin derrière le mur
autant qu'en dedans.
Les matins blancs mirent
du rouge aux mains froides,
comme avant le mur
l'hiver fut maussade.
On cria bien "Au mur !"
par-delà l'horizon.
Mais ils n'en eurent cure,
certains d'avoir raison.
Le mur n'étouffa pas les
cris,
le mur n'étouffa pas les
pleurs,
le mur n'arrêta pas l'espoir
des exilés de l'au deçà.
Et leurs voix montèrent sans
fin
en s'agrippant à ses flancs
gris
comme des frissons sur les côtes
d'un chien
qui conjure la mort
à rêver de la vie.
Et leurs voix envahirent
les champs, le vent, la pluie,
grandirent sous le soleil,
résistèrent à
l'hiver,
puis soudain éclatèrent
d'une immense clameur
qui éventra le mur
et vida les rancurs.
Et ce fut le printemps.
Le mur brisé fleurit
de mille chants d'oiseaux
comme autant de pardons.
Du levant au couchant
il n'y eut plus qu'un cri
côté face, côté
pile,
tout fut à l'unisson.
Alors pourquoi bâtir
des frontières honteuses
sur les rêves de hommes
et sur leur avenir ?
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