Une photographie de Mari Mahr

DONNER AUX OISEAUX, LA LIBERTÉ

par Marie-Claire Laberge

Liberté

Sommaire

 

" Les accents circonflexes sont comme des
oiseaux qui volent sur mes pages."

M. Tournier

 

Les oiseaux reviennent à nouveau sur le bord de la fenêtre. Moi, tout près je les entends. Le soleil oblique . Ça me touche, de même que lorsque qu'Elise frôle ses doigts sur moi. On dirait que ce sont ces oiseaux qui me bécotent. À chaque matin, Elise les dépose sur moi et ils se mettent à fourager puis se calment. Le tempo de leur bec fait la même musique que lorsqu'ils viennent à la mangeoire. Ils écrivent eux aussi. C'est leur manière de tracer le ciel bleu ou orageux, la froidure de l'hiver, les ruses des chats des voisins, les attaques des carouges et des gaies bleus qui font la loi du milieu.

Quand ils sont joyeux mon rire cliquette avec le leur. Quand ils ont peur, j'ai peur avec eux. Je claque des touches. Je ressens leurs joies, leurs peurs sur moi.

Ils ne sont pas libres les oiseaux. Ils s'épuisent à voler pour trouver leur nourriture,la chaleur et fuir les prédateurs. Ils ne regardent pas aux fenêtres , même si leur bec picore les vitres des tours d'habitation. . On dirait qu'ils téléphonent à la STM, clic clic clic - clic clic clic clic. Ils cherchent un autre trajet, cherchent seulement à franchir ces murs de verre.

L' ordi mon complice, a plein d'oiseaux en mémoire. Chaque matin je les invite à danser sous les doigts d 'Elise. Moi, j'essaie de leur donner un peu de liberté.