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Quand il se réveille, c'est encore la nuit. Il dégage ses mains, écarte le tissu de son
visage; il reste allongé, ses mains se touchent confusément, sentant du bout des doigts
les blessures. Le sang palpite, la chair est là, mais il n'a plus mal, comme si toute la
mémoire du corps l'avait quitté. Pourtant il se souvient, il sait ce qu'il a souffert;
mais il ne fait plus que le savoir. Ce qu'il a vécu est derrière lui, à jamais.
Par les interstices de la pierre filtre un faible jour gris, hésitant. Il bouge, il se
redresse sur la couche, il respire l'odeur du tissu imprégné d'aromates, à la fois
envoûtante et sèche. Ces sensations sont les premières; il les retrouve et elles sont
neuves. Le ressuscité se dégage doucement de sa mort: au-delà de sa condition d'homme,
et ne sachant pas encore ce que c'est qu'être dieu; au-delà, et connaissant cette grâce
infinie, de pouvoir encore être atteint par le monde.
Un rayon de soleil glisse jusqu'à lui, mince, impérieux. La lumière l'appelle. La
lumière l'appelle, et il sort.
juin 2000
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