La connaissance de l'aube

par Catherine Raucy


Quand il se réveille, c'est encore la nuit. Il dégage ses mains, écarte le tissu de son visage; il reste allongé, ses mains se touchent confusément, sentant du bout des doigts les blessures. Le sang palpite, la chair est là, mais il n'a plus mal, comme si toute la mémoire du corps l'avait quitté. Pourtant il se souvient, il sait ce qu'il a souffert; mais il ne fait plus que le savoir. Ce qu'il a vécu est derrière lui, à jamais. 

Par les interstices de la pierre filtre un faible jour gris, hésitant. Il bouge, il se redresse sur la couche, il respire l'odeur du tissu imprégné d'aromates, à la fois envoûtante et sèche. Ces sensations sont les premières; il les retrouve et elles sont neuves. Le ressuscité se dégage doucement de sa mort: au-delà de sa condition d'homme, et ne sachant pas encore ce que c'est qu'être dieu; au-delà, et connaissant cette grâce infinie, de pouvoir encore être atteint par le monde. 

Un rayon de soleil glisse jusqu'à lui, mince, impérieux. La lumière l'appelle. La lumière l'appelle, et il sort.


juin 2000