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Une photographie de Catherine Merdy
Requiem sylvestre

par Alain Drouillet

sommaire
accueil

L’obscène Carabosse s’affaire en sa cuisine
et fait tourner le monde en touillant son chaudron
où des rubis brasillent attisés par Vulcain
nos poumons s’y épuisent
branchies désespérées
du saumon prisonnier
de son mortel filet.
Les forêts en fusion
dans les jungles qui flambent
dévorent leurs ébènes
cajous et kolatiers
prêtant au Sassandra
des reflets d’Achéron,
veinules éclatées
qu’on voit dans l’œil du Styx.
Inutile gardien
de l’oiseau-traducteur
des esprits familiers
le sorcier de village
dresse le vain barrage
de la vieille science
sortilèges éprouvés
dérisoire amulette
des ancêtres humiliés.
Le Moloch insatiable
assoiffé d’eau-de-feu
dans l’ivresse titube
sur le monde vaincu.
Mambas, pythons, gazelles
agoutis fourvoyés
chimpanzés sans boussole
rampent, gémissent et sautent
en exode panique
vers l’arche hospitalière
du généreux Noé.
Ils ignorent qu’il est
depuis longtemps noyé
dans la houle vorace
des intérêts frigides
des appétits stériles.
Dans ces nuées torrides
de hamman satanique
où le Diable ductile saisit sa part du feu
on croit apercevoir
l’ultime papillon
épigone futile
de celui qui un jour
a connu le Déluge.
On n’ose y reconnaître
le Phénix enchaîné
sans pouvoir de renaître
l’oiseau-lyre éploré
cacatoès tragique
ara décoloré
dont l’aile va cognant
les hauts murs de fumée.
Tous croient pouvoir s’enfuir
vers la cité d’Assise
où le bon Saint François
leur donnerait asile
frais gîte et bon couvert
chez d’amènes clarisses.
Mais les troncs secs éclatent
et leurs branches se tordent
grillant les créatures
assoiffées de cantiques
dans l’infernal vacarme
où craquent des criquets
les élytres fumantes.
Les barbares bornés
qu’ils soient d’Amazonie
des rives de l’ivoire
ou de Kalimantan,
quand meurent les fumées
se retrouvent floués
avec aux mains
la cendre
d’avenirs funéraires
et sous les pieds
la terre
latérite stérile
nature répudiée.

Alain Drouillet