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Une photographie de Catherine Merdy
Tous les feux le feu

par Anita Beldiman-Moore

En choisissant le thème du feu pour ce mois-ci, je savais que j'aurais à jauger les auteurs à l'aune du cliché. Entendez-moi bien, il n'y a rien de péjoratif dans le cliché du moment qu'on l'accepte comme tel avec toutes les limites du genre.
Allons-y donc : le feu... la passion... le désir... la jalousie... la purification... le jugement dernier et les enfers... le chaos... la vie et la mort dans un même souffle brûlant. Je crois n'avoir oublié personne. Une fois encore, ne croyez pas que je me livre à un exercice ironique, avec un thème pareil, le passage est en quelque sorte balisé. Le vrai talent consiste alors à transcender le cliché. A les aligner les uns après les autres jusqu'à bâtir une oeuvre originale et neuve.
Je crois sincèrement que les texte de ce mois y ont réussi à des degrés divers. Mais le plus bel exemple d'un tel tour de force réside pour moi dans la nouvelle ciselée de Julio Cortázar a qui j'ai emprunté le tire de cette introduction : "Tous les feux le feu", tirée du recueil éponyme publié chez Gallimard en 1970 dans la collection Du monde entier.
Prenez deux histoires vieilles comme le monde : un homme puissant et cruel dont l'épouse a le malheur de regarder de trop près un pauvre garçon qui n'a rien demandé à personne mais qui n'en subira pas moins une vengeance disproportionnée. Un autre homme, coureur et un peu lâche (enfin, normalement lâche) dont la nouvelle petite amie va annoncer à sa rivale malheureuse le tour qu'ont pris les choses.
Croisez-les magistralement au point que le lecteur ait l'impression de ne lire qu'un seul et unique récit et faites souffler sur le feu des petites passions et mesquineries humaines celui dévastateur et purificateur de la nature.
Soufflez. Les cendres dispersées se poseront à jamais dans votre mémoire.
Bien sûr, c'est facile, direz-vous : c'est Cortázar ! Et bien laissez-moi vous dire qu'il y a un texte de cette fournée qui m'a laissé la même empreinte... Lequel ? A quoi cela servirait que je vous le dise, autant vous laisser choisir le vôtre.

Anita Beldiman-Moore