Maman. Ce faux palindrome, cette arnaque - du début à la fin. Début de la vie mon cul. Ma mort. Premier cri je souffre et je ne men souviens même pas. Première entourloupe. Pourtant, je ne dois jamais oublier : premier cri dernier cri, tout neuf ; qui vient de sortir va mourir. Début de la vie ma fin. Faim. Donne-moi ce sein. Donne tes anticorps. Rejeter tes microbes tout contre ton corps. Sale aimant, ta sueur, ta peur, je meurs ma mère, je me heurte à ta chair alors que tu mavais promis le soleil sombre dans son coussin de sang, lartère de ta vie à ma vie, et jai tout inhalé, tes protéines, ton albumine, ta nicotine, et mon urine, le tambour musqué de ton cur liquide écho de ta voix et maintenant tu voudrais, tu voudrais que jaccepte cette masse à partager avec lunivers entier jusquà ce que la mort que tu mas donnée nous sépare. Tu plaisantes. Je le sais, cest une grosse blague à chair flasque, tu souris et tu me chatouilles avec ton doigt ce nest pas bien de jouer avec moi comme ça.
Alors cest vrai, dis, je suis invincible je vais bientôt retourner à ta matrice, maman, je vais bientôt reconstruire mes paupières, finir ma carapace.
Regarde bien, regarde ce câble veiné, recharge ma batterie, encore. Ils nexistent pas, ces ciseaux. Substance inconnue, ni chaude, ni molle, ni odorante, rien. Ni ce trou dans mon ventre, ce vortex inutile, marque de naissance de lespèce. Mais comment comptes-tu réparer cette erreur béante, dis, donner un sens à ce chaos de plis, toi qui souris en connivence à ce monde-métal, même si ton regard est sur moi, comment recréer ce réseau secrété tes tissus, maman, les nôtres avant que les aiguilles de cette pendule sans chiffres ne crissent la dernière heure comment vas-tu guider ce cul casqué de plastique dans lerrance, bouche bouchée de caoutchouc à ne plus pouvoir entendre la musique murmurée de ma langue relégué hors de tes frontières, décordé de sa nation, son drapeau, sa matrie cet expulsé, comment vas-tu maintenant laccueillir dans ton sein, ma grande liberté sans ses jupes dacier, toute grelottante dehors comment - moi qui ai su, et bu, ta force. Nous sommes pieds nus. Pourquoi ? Je sens déjà, cest trop tard, la glace lumineuse, les épines, le sel, les dards, ton lait tari, le désert à planter ou bien le choix du sable. Tu tes écartée devant moi, deux pages qui déjà ne tiennent plus à un fil. Ecrire, et surseoir, ou mourir déraciné de soi.
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