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Une photographie de Catherine Merdy

Jouets

de Noëlle Plenecassagne

Le jouet

Sommaire

I

La femme aux cent figures
tourne autour de l’outil
défiant le sculpteur
elle s’enfuit sans cesse, résistant au regard
contrefaisant le clown en souples pitreries,
vénale,
elle prend dix mille corps et se fait désirer
la silhouette s’avance dans l’espace, navire sans barre
elle fend l’air du temps pour traverser la ville
toute hérissée sous la main de l’artiste
elle frissonne aux caresses de l’homme
il façonne, il détruit, il l’aime
il la couve
sous la matrice reine
les formes de la femme naissent et disparaissent
jouets imprévisibles
suspendus au souffle de ses mains

 

II

C'est un rameau de bois flotté
Laissé par la mer
Refluée
L'enfant l'a recueilli
Il trace de longues routes de sable
Sur la plage mouillée
Un cercle danse autour de lui
Magique
Et le bâton devient  sextant
Compas ou barre, cerf-volant, oiseau migrateur
Il
emmène le rêve à l’autre bout de l'eau
 
Mais le soir s’allume aux chandelles des premières lucioles
L’enfant revient chez lui
Emporte le cadeau des vagues.
Entre les planches disjointes de la case
Il voit au loin la mer disparaître sous la langue noire
Des nuages
Le petit s’endort,
Bercé :
La comptine des arbres
Naît aux lèvres des coquillages
Accrochés à la branche
Posée auprès du lit
Et la nuit de Noël vient, sans coucher du soleil
  

Noëlle Plenecassagne