Une photographie de Catherine Merdy

Géométrie variable

par Marcel PELTIER

Géométrie variable

Sommaire

roues rouages engrenages les mots fous de joie se mettent en mouvement s’étirent juste le temps nécessaire pour sortir de leur torpeur s’allongent fortement pour se sentir plus importants font la roue comme des paons vétérans s’ébrouent ou s’égorgent deviennent heureusement ce beau rouge-queue cette chanson gaillarde ce patois flamboyant les mots parmi les humanoïdes se recouvrent de rouille ou de brillant deviennent malgré tout roue de la fortune s’égarent dans les livres ou dans les gares sont des roses tendres des fleurs fragiles dénudées c’est connu il faut toujours les ménager un jour le petit ru s’élance ose devenir ruisseau torrent de paroles cascade de sons aigus grelots menus petites sonnettes de vélos pour les enfants paraboles impensables pour les adolescents indolents rubescents ils s’enlacent créent une ronde folle la fièvre de la page blanche toute vierge encore en sa première innocence les gagne ils dansent dans la foule en délire ils créent la houle qui envahit les esprits ils deviennent ce ruban bleu porté par la jeune fille ces rouspétances cette arrogance du rouleau compresseur mais surtout cette espérance légère je les aime tels qu’ils sont avec leurs faiblesses avec leurs souffrances lorsqu’ils sont en partance pour quelque lointain soleil pour quelque lointain désert je pense qu’ils vont retrouver le Petit Prince ou quelque autre merveille ils naviguent sur les fleuves des paroles inutiles mais qu’importe ils sont tellement jeunes malgré leur généalogie reconnue ou leurs étranges sonorités ils débarquent dans nos vies comme des oiseaux de nuit ils s’approchent de nous nous envahissent sans crier gare et ces mots parasites déversent des flots d’idées inconnues des concepts nouveaux qui nous font frémir nous ne pouvons même pas contrôler leurs départs encore moins leurs retours ils sont ces oiseaux de fièvre prêts à bondir comme des scorpions oh ne craignez rien leur langage parfois sibyllin ouvre aussi la porte à la poésie celle qui ne s’annonce pas celle qui entre chez toi sans prévenir ils s’offrent alors des habits de parade se revêtant de mille apparats futiles ne sont-ils point syngnathe vert tendre yack jaune ou xiphophore rouge quelle idée saugrenue ils ont de se parer de telles apparences les mots simples comme amour ne sont-ils pas les plus beaux je leur répète sans cesse d’être simples mais allez comment les comprendre ils aiment se donner de l’importance heureusement c’est en perce-neige que l’un d’entre eux m’a séduit il sortait de l’hiver il est venu se blottir tout contre moi tout tremblant de fièvre