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Fuir
qui est aussi intransitif (1080) a conservé le premier sens
latin. Il a pris au XIIe siècle le sens de "céder
sous l'effet d'un contact" (le sol fuyait sous lui). C'est
l'idée d'"éloignement" qui est retenue dans
les diverses acceptions, quand on parle d'une chose qui s'éloigne
par un mouvement rapide (1640) ou par analogie de ce qui est éphémère
(1640 :
le jour fuit).
Fuir s'emploie (av. 1704) en parlant de ce qui paraît s'éloigner,
par l'effet de la perspective dans un tableau ou par le mouvement
de quelqu'un qui regarde (av.1841 : voir
fuir les arbres).
Dictionnaire
historique de la langue française - Le Robert (sous la direction
d'Alain Rey)
Eloignement,
disparition, dépossession, la fuite, telle qu'elle s'exprime
chez nos 23 auteurs, c'est d'abord ce que l'on ne touchera plus.
Mais qui est. Qui est, loin de nous. Et puis aussi, c'est idée,
presque salvatrice, d'une échapatoire, d'une échapée
belle. Alors fuite, ou liberté ? Je laisse à nos auteurs
le soin de résoudre ce paradoxe en remettant sur le métier
leur ouvrage pour s'atteler au prochain thème... Pour ma
part, je m'en tiendrai à la description de Lewis Carroll
:
"Au
même moment elles se mirent à courir.
Alice ne put jamais s'expliquer, lorsqu'elle y réfléchit
par la suite, comment leur course avait commencé ; elle se
rappela seulement qu'elles couraient la main dans la main, et la
reine allait si vite que c'est à peine si elle pouvait la
suivre. La reine criait tout le temps :
- Plus vite ! Plus vite !
Mais Alice sentait qu'elle ne pouvait pas aller plus vite : elle
aurait perdu complètement le souffle.
Ce qu'il y avait de plus curieux, c'est que les arbres et les autres
choses qui les entouraient ne changeaient pas du tout de place.
Elles avaient beau aller vite, elles ne dépassaient rien
du tout.
- Est-ce que toutes les choses courent en même temps que nous
? se demanda la pauvre Alice très intriguée.
Et la reine sembla deviner sa pensée, car elle cria :
- Plus vite ! Plus vite ! N'essayez pas de parler.
Alice n'en avait pas la moindre envie. Elle avait l'impression qu'elle
ne pourrait jamais plus parler tant elle était essoufflée.
Et la reine continuait à l'entraîner et à crier
:
- Plus vite ! Plus vite !
- Sommes-nous près d'y arriver ? haleta enfin péniblement
Alice.
- Près d'y arriver ? répéta la reine. Mais
nous l'avons dépassé il y a dix minutes ! Plus vite
!
Elles continuèrent à courir en silence tandis que
le vent sifflait aux oreilles d'Alice, à croire qu'il allait
lui arracher les cheveux de la tête.
- Allons ! Allons ! criait la reine. Plus vite ! Plus vite !
Elles allaient si vite à la fin qu'elles semblaient fendre
l'air, touchant à peine le sol de leurs pieds... lorsque
brusquement, comme Alice se sentait comlpètement épuisée,
elles s'arrêtèrent, et elle se trouva sur le sol haletante
et étourdie.
LA reine l'installa contre un arbre et lui demanda aimablement :
- Vous pouvez vous reposer un peu maintenant.
Alice regarda autour d'elle et fut au comble de la surprise.
- Mais je crois que nous sommes restées tout le temps sous
cet arbre. Toutes les choses sont exactement les mêmes.
-Bien entendu ! dit la reine. Comment voulez-vous qu'elles soient
?
- Eh bien ! dans notre pays, dit Alice encore un peu essoufflée,
nous ne restons pas au même endroit quand nous courons très
vite et longtemps comme nous l'avons fait.
- Un pays bien lent, dit la reine. Ici, vous voyez, il vous faut
toute la vitesse dont vous êtes capable pour rester à
la même place. Si vous voulez arriver à un autre endroit
il faut courir au moins deux fois plus vite."
Lewis
Carroll - De l'autre côté du miroir
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