Une photographie de Stéphane Popu

Cargo

par Claire Ceira

La fuite

Sommaire

Que faisions-nous, marcheurs amers des terrains sombres,
Exilés des marches de nos propres palais.
La tête tournée du côté du vent,
Du souvenir des voix;
Et les yeux pleins de visions
Grises,
Lentes, et
Opaques,
Défintivement contraires à l'éveil.

Nous portions la fatigue d'être la moitié coupée d'une feuille: nervures privées de leur propre frère, longues feuilles, velours vert,
Envers/endroit complémentaires, éperviers.
Dos qui peut supporter la pluie et le soleil,
Ventre fait pour ramper, étreindre
La fraîcheur lisse de la boue.

Ainsi j'ai rampé sans le savoir,
Croyant que je marchais dressée,
Epaules sous le soleil.
Mais le ventre blanc de mon âme,
Je le découvre aujourd'hui
Rampait,
Plein de la colère inutile
Des enfants lâchés.

J'étais de ceux qui écoutent toujours,
De ceux qui n'ont en tête qu'un bateau rouillé.

Cargo que l'on pénètrera
En fraude,
Par le trou de l'ancre,
Au milieu noir de la nuit;
Cargo parti pour l'autre bord,
Dont les marins sont étrangers,
Espits incroyablement éloignés,
Esprits qu'on en peut comprendre.
Corps humains dont on épiera
Les moindres gestes.