Une photographie de Mari Mahr

Festins

de Florent Valley

Festins

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C'était pour moi de nouvelles sensations. Un nouveau goût, un nouveau plaisir. Pour une fois je savourais la vie autrement qu'avec mes seules références. J'étais bouillant, brûlant. Une épice me piquait le cœur. Des vapeurs s'échappaient de moi, leurs condensations faisaient frissonner tout mon être, tous mes membres.
Je ne voulais pas te manger. Je voulais te dévorer, t'engloutir. Te savourer bouchée par bouchée n'avait aucun sens. Je voulais t'ingurgiter tout entière. Aucune miette. Aucun morceau ne resterait. Je te voulais tout entière à moi, sur moi, en moi.
Je te dévorais. Je t'engloutissais. Ta saveur me manquait dés que ma bouche n'était plus en contact avec ton corps. Ton fumet, ta liqueur n'avaient pas de goût persistant (pensais-je alors. Aujourd'hui je rêve, je goutte, je savoure peut-être plus qu'à l'époque toutes tes délicatesses, toutes tes suavités alors qu'elles ne sont plus que fantômes, qu'elles ne sont plus que des festins rêvés.), déjà je les avais oubliés et j'en redemandais.
Pourquoi avais-je un si grand appétit que je ne pouvais réfréner ? Incontrôlable. Ce n'étaient pas que des repas à leurs heures et entre chacun d'entres eux. C'étaient des réveillons, des festins. Tous les jours, toutes les nuits, et encore le jour et encore la nuit, et encore … non !! Plus rien ! La diète ! Le sevrage ! Le manque ! La destruction jusqu'à l'anorexie…

Aujourd'hui je sers quelqu'un d'autre dans mes bras, je me rassasie d'une manière différente, avec d'autres plats, d'autres recettes…


Florent Valley