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Quel bien ça fait de ne plus avoir à parler. Quand
tout s'est tu autour de soi, le ciel se crève pour s'ouvrir
en grand. L'immobilité des choses rend moins pénible
la fuite des êtres, le bouillonnement du sang, l'agitation
des nerfs et des muscles. L'immensité du néant caresse.
Les plaies cicatrisent. Et même le coeur adopte sa vitesse
de croisière Un inédit horizon s'était soudain
levé. Cédant au charme subtil et vénéneux
de la nouveauté, on y va tout droit y croire ! Jusqu'au bout
de la solitude Jusqu'au bout de la solitude, il faut en avoir frôlé
des êtres, respiré des vies, caressé et griffé
des âmes pour enfin s'y cogner. Au-delà de la frénésie
d'émotions incongrues, factices ou véritables qui
sait ? l'étendue de la vérité aspire au vertige
et envahit, se répand en une nausée impossible à
vomir. De la sueur aux larmes À l'intérieur, un rêve
encore parfois palpite. De toute son ampleur. Les apparences lui
prêtent vie, l'espace d'un regard, de quelques mots échangés,
dans le souffle d'une gorge qui déjà, s'étrangle.
Au-delà de la frénésie, l'illusoire paroxysme
de l'écueil du repos frileux, à tort décrété.
Mais c'est la mort alors qui prend le dessus, et s'empare de l'instant
pour le figer, le transforme en objectif, unique, exclusif non pas
à atteindre mais à retrouver, pour toujours, à
jamais, à réinventer. La fusion est un piège
dans lequel la peur de soi-même menace d'enfermer. Elle, ne
demandait rien. Lui, attendait. Quoi ? Une ouverture dans la brume.
Un appel au timbre d'évidence. Il en fut d'eux comme de tant
d'autres. La mortelle rencontre au sulfureux parfum. Tendu vers
le soleil, l'amour qui s'éveille n'est bientôt plus
qu'une ombre. Le passé remémoré vaut pour tout
l'or du monde. L'avenir ne s'imagine qu'en vertu des possibles ailleurs
entrevus. Supposés. Jusqu'au bout de la solitude il n'y a
rien, qu'un malaise ordinaire. Jusqu'au bout de la solitude, c'est
là qu'il faut se rendre, et aller se perdre enfin pour enfin
se trouver dans toute sa vérité. Elle est partie bien
trop tôt, bien trop vite. Et sa fuite précipite sa
chute. Il avait rué, à leur insu, vers le plus grand
péril d'aimer hors limites, comme on aime un regret. Croquer
son amertume, et la ressasser. Un regret qui forme le deuil d'un
bonheur avorté. D'une joie difficile. Ses soupirs cristallisent
son échec, indiquant le sens de la belle formule désespérée.
Ce fut un v¦u. Puis un aveu. Tout s'y résume et s'y
dissout. La messe est dite. Ç'aurait pu être ç'aurait
pu être tellement autre que ça a été
: une promesse tenue si fort que serrée, étreinte
; éteinte. À monter si vite, si haut, la fatalité
ne pouvait que plus profonde redescendre. Retombée, elle
écrase. Rejeté du havre dont le phare éclairait
les étoiles au fond de ses yeux quand il lui livrait son
désir, il rampe. Il s'englue à cesser peu à
peu de respirer. Il étouffe. Il étouffe et ne peut
s'arrêter. Rien ne cesse en lui de se tordre en tous sens,
violence, sans répit sans pitié. Perdu. En soi, un
songe a pourri et exhale une honteuse odeur qui imprègne
toutes les pensées. Mauvaises pensées, en direction
certaine vers la haine de soi. Elle ne viendra plus. Elle s'en fout
cette fois vraiment pour de bon. Ne veut plus attendre. Trop peur.
Trop brûlant. Trop glacé L'abandon seul est flagrant.
Elle ne reviendra pas. Douceâtre béatitude de l'impasse.
Du grain de sa peau son courage s'évapore. Mais en lui son
absence réside tout entière, et trace des nuées
de vertige. Le manque de cette vie qui passait par là manifeste
ce vide intime qui interdit le partage. Son silence vampirise l'euphorie
défunte. Sourds échos, caverneux qui hoquètent,
serpentent, s'insinuent dans les veines, à chaque respiration
et, en vagues intempestives s'enchaînent et se brisent aux
récifs du réel. Définitif. C'est l'air qui
manque alors. Premiers instants, premiers frissons envolés.
Abattus. Résister à l'espoir. Se défier des
vertus du Temps. En pure perte l'oubli s'indifférencie, gouffre
qui doit happer ce qui ne veut malgré tout pas se résigner.
Il ignore la vérité si pesante. Refuse. Refuse. Refuse
ce qui est tel qu'il est du terme à l'origine. Il glisse
et se met à hurler. Et lentement s'inflige la morsure narcissique
du remords à outrance. À outrance, à l'excès,
et s'évader, et s'échapper, et naître en creux
vers l'amour, cet amour supprimé, disparu, ne faisant plus
qu'un avec le néant éternel en son éternité.
(février 2000)
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