La rousse d' Exeter

de Philippe Rousseau

Femmes, femmes

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Dans un parc rougeoyant les haies sont taillées en biseau sous un soleil carmin. Entre des gentlemen endimanchés, décoiffés par le vent du soir, dans ce jardin où l'herbe a pris la couleur du feu, je m'étrangle de rire à voir tressaillir deux pulpeuses femmes du monde, prises dans la fumée détournée d'un foyer voisin. Leurs chapeaux se sont repliés sur leur front.

Je tiens le bras de la jeune fille rousse d'Exeter, que j'ai rencontrée ce matin, debout au coin d'un champ de blé rougi par le soleil levant. Je ne souhaite plus sortir de ce jardin vermillon où des langues de feu lèchent mes chaussures. La rousse d'Exeter m'en dissuade d'ailleurs avec fougue, m'excitant toujours plus par le kir au mousseux qu'elle me redonne chaque fois que mon verre est vide et ne me laissant pas le temps de contempler la dernière goutte de cassis. Le rouge carminé de sa robe me laisse pantois comme un taureau dans l'arène à la première minute. Son écharpe fine est couleur de ses lèvres, couleur de sa bouche. Rouge, rousse, mousseux…

Le ciel excitant me pousse vers la rousse d'Exeter et ses yeux comme les vitraux rouges de la cathédrale aux rideaux confessionnaux de velours corail. Dans le couchant, les taches de rousseur du ciel ont pris une teinte mauve au-delà du front bruni où s'apaisent mes joues. Mes mains s'installent dans la chaleur de ses aisselles, sous le décolleté dont la rougeur m'éblouit maintenant comme du sang. D'un tendre mouvement lent, je suce une goutte de cassis égarée sur son épaule douce alors que bourdonne à mes oreilles un chant modulé venu du crépuscule jauni. Une rousseur sucrée dans le duvet des bras, dans les cils agités, qui a collé à mes lèvres, que ma salive emporte, qui fermente longtemps comme fermentent, je pense à toi Rimbaud et à ta désinvolture, "les rousseurs amères de l'amour"



Philippe Rousseau