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Dans un parc rougeoyant les haies sont taillées en biseau
sous un soleil carmin. Entre des gentlemen endimanchés, décoiffés
par le vent du soir, dans ce jardin où l'herbe a pris la
couleur du feu, je m'étrangle de rire à voir tressaillir
deux pulpeuses femmes du monde, prises dans la fumée détournée
d'un foyer voisin. Leurs chapeaux se sont repliés sur leur
front.
Je tiens le bras de la jeune fille rousse d'Exeter, que j'ai rencontrée
ce matin, debout au coin d'un champ de blé rougi par le soleil
levant. Je ne souhaite plus sortir de ce jardin vermillon où
des langues de feu lèchent mes chaussures. La rousse d'Exeter
m'en dissuade d'ailleurs avec fougue, m'excitant toujours plus par
le kir au mousseux qu'elle me redonne chaque fois que mon verre
est vide et ne me laissant pas le temps de contempler la dernière
goutte de cassis. Le rouge carminé de sa robe me laisse pantois
comme un taureau dans l'arène à la première
minute. Son écharpe fine est couleur de ses lèvres,
couleur de sa bouche. Rouge, rousse, mousseux
Le ciel excitant me pousse vers la rousse d'Exeter et ses yeux
comme les vitraux rouges de la cathédrale aux rideaux confessionnaux
de velours corail. Dans le couchant, les taches de rousseur du ciel
ont pris une teinte mauve au-delà du front bruni où
s'apaisent mes joues. Mes mains s'installent dans la chaleur de
ses aisselles, sous le décolleté dont la rougeur m'éblouit
maintenant comme du sang. D'un tendre mouvement lent, je suce une
goutte de cassis égarée sur son épaule douce
alors que bourdonne à mes oreilles un chant modulé
venu du crépuscule jauni. Une rousseur sucrée dans
le duvet des bras, dans les cils agités, qui a collé
à mes lèvres, que ma salive emporte, qui fermente
longtemps comme fermentent, je pense à toi Rimbaud et à
ta désinvolture, "les rousseurs amères de
l'amour"
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