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De tout temps à jamais, il y eut des femmes de grand honneur
et des dames de petite vertu ; à travers les siècles
et les lieux cela fut établi maintes fois ; j'en ai connu
tout au long de ma vie, ici ou là, à Paris comme en
province. Et parfois ce sont les mêmes, allant de la vertu
au vice avec une aisance qui peut surprendre le non averti, mais
ces choses-là restent cachées aux contemporains incrédules
et personne n'en sait rien, jamais.
Ô femmes de jadis, si merveilleuses à imaginer au long
des pages de quelque livres très anciens, sages en apparences
et tellement audacieuses en alcôves fermées... Femme
respectable le jour, maîtresse la nuit de certains audacieux
dont la parole était leste et le rire facile.
Marguerite, Jeanne et Blanche de Bourgogne, belles-filles de Philippe
le Bel, en la Tour de Nesles, commirent moult adultères et
crimes de lèse-majesté au point qu'elles durent en
payer le prix par la mort, la torture, la décapitation
Catherine Bellier dite Cathau la Borgnesse, en son hôtel
de Beauvais sise rue François-Miron à Paris, donné
pour services rendus auprès du tout jeune futur roi Louis
XIV où, dans ses bras, elle fit merveille
et fit de
lui un homme.
Adrienne Lecouvreur, comédienne sublime en des textes de
Racine ou de Corneille morte à 38 ans et dont la sépulture
chrétienne fut refusée par le curé de Saint-Sulpice
; par trois amis son corps fut enlevé nuitamment et déposé
dans un chantier de construction à l'angle des rues de Bourgogne
et de Grenelle où il y serait toujours enfoui d'après
les chroniques du temps.
Et Armande Béjart à jamais reconnue comme la compagne
de Molière, unis dans la postérité comme ils
le furent au théâtre
et à sa suite, une
longue chaîne de comédiennes sillonne la capitale et
les siècles passés
et aujourd'hui comme hier
elles ne cessent d'illuminer nos soirées de mille feux de
bonheur.
Ou encore ces filles de peu, (aux yeux de certains), comme "
La Goulue " ou " Grille d'égout ", muses naturelles
de Toulouse-Lautrec et aussi ces filles de maison de plaisir à
la pose lascive sur les grands canapés des salons aux multiples
miroirs qu'êtes vous devenues après tant d'années
de silence ? Déjà François Villon, en son temps,
chantait " que sont devenues les dames du temps jadis
". Les unes comme les autres, sur les toiles du petit homme
à monocle, vous êtes toujours vivantes et gambillantes,
hors du temps placées par sa volonté.
Petites " Lorettes " charmantes, aguicheuses et légères
dans les murs mais à l'esprit vif au point d'émoustiller
jusque dans leurs écrits nombre d'écrivains et non
des moindres, votre esprit est couché en encre d'imprimerie
dans les romans de la Pléiade !
Et vous, madame de Tencin, chanoinesse et pourtant mère
d'un enfant abandonné, recueilli par la femme d'un vitrier,
en la Chapelle Jean le Rond, chapelle accolée à Notre-Dame
de Paris, enfant trouvé qui deviendra célèbre
sous le nom de d'Alembert ; une fois relevé de vos vux,
on dit de vous que " madame de Tencin s'adonna ouvertement
à la débauche et ouvrit un salon où il était
de bon ton de se montrer et d'y briller par quelques traits d'esprit
bien sentis ", quelle image déplorable avez vous donc
laissé à la postérité !
Mais aussi des femmes de science, comme Marie Curie, née
Sklodowska, en l'Ile Saint-Louis, loin de son laboratoire, au quai
de Béthune où elle vécut les vingt-deux dernières
années de sa vie laborieuse faite d'études, de recherches
et de découvertes.
Loin de ces tourments de l'âme et du corps, il y a aussi
des saintes : rue de Clichy, Sainte-Rita, sainte des causes désespérées,
des causes refusées par tous les intercesseurs divins mais
recueillies par elle
Une chapelle a été érigée
dans ce quartier de débauche et de filles de mauvaise vie
et la dévotion qui est faite ici est comme une lumière
qui jamais ne s'éteint.
Et la première d'entre toutes les saintes que vénère
la France, Jehanne de Lorraine, la pucelle d'Orléans, en
son église de Saint-Denis de la Chapelle au cur de
ce qu'était alors le village de la Chapelle à Paris,
en cette année 1429, le 3 septembre exactement, accompagnée
des ducs d'Alençon et de Bourbon, des comtes de Vendôme
et de Laval, des maréchaux de Rais et Lahire et grande quantité
d'hommes de guerre, Jeanne vint prier ici même avant de donner
assaut à Paris, au petit matin, à huit heures exactement,
à la porte Saint Honoré où elle fut blessée,
faite prisonnière et livrée à ses ennemis.
Et comment ne pas citer Sainte Geneviève, patronne de Paris,
qui bouta hors des murs de la ville les hordes sauvages d'Attila.
Et la tendre Héloïse
dans les bras d'Abelard au
destin tragique s'il en est !
La Révolution, la Grande et son lot de femmes célèbres
: Marie-Antoinette, la première d'entre toutes et aussi Charlotte
Corday et puis plus tard Louise Michel
dans les années tragiques de la Commune, toutes ces femmes,
petites ou grandes, vertueuses ou non, donnèrent à
notre capitale sa féminité, sa grandeur, sa dimension
universelle.
Que serait Paris sans ces visages, ces souvenirs, la trace de leur
passage parmi son histoire : la chasse de St-Geneviève en
l'église de St Etienne-du-Mont ; la chapelle de Marie-Antoinette
à la Conciergerie, un dessin de Toulouse-Lautrec ou le laboratoire
de Marie Curie
Que serait Paris ?
Une ville avec un peu moins d'âme, moins de frivolité,
moins d'esprit, une ville comme les autres, peut-être
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