Une photographie de Yann Beauson

Explication des Hautes-Rivières

par Paul Raucy

Bestiaire

Sommaire


Le pêcheur: -- Poisson dans l'altitude, tu m'es l'ombre de ma mort. Mobile entre deux eaux, tu proposes à ma patience l'image inverse et plus simple de mon sort.
* Sensible à la pression sur toi de ces courants qui traversent le plan où l'appétit t'engage, tu éprouves dans l'espace les variations d'intensité par quoi le temps nous divertit de son simple passage.
** Tu suffoques où je vis et je sombre où tu veilles. Nous ne sortons de ce chiasme que par la conjugaison. J'invite en moi ton ombre à hanter mes artères.
*** L'appât dont je te tente, c'est la même proie vive dans les remous que tu es à ma concupiscence. De quel ange pêcheur suis-je la proie qui bouge aux reflets de la rive adverse, dans l'ombre rare et les odeurs?

Le poisson: -- Va, tu tires encore à toi le murmure où j'habite, et je suis bien forcé de consentir à l'entretien qui nous lie.
*** La nymphe des Hautes-Rivières n'a pas de visage. Le cours de l'eau s'exhausse et défait sa figure sur la pierre où l'ont gravée les enfants. Je suis le desservant de l'oubli qui te guette. L'eau passera sur ta figure. Je monte à ta rencontre.
** Piéton des rives dans les fleurs, je suis le métonyme de ta fin. Un jour la figure est juste et on entre dans le bruit de l'eau. En toi je suis déjà l'ombre qui va plus vite, depuis le jour où tu as su que tu mourrais.
* Songe à d'autres soins: tes enfants rient par-dessus mon attente. Ils n'ont pas peur.