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Le pêcheur: -- Poisson dans l'altitude, tu m'es l'ombre
de ma mort. Mobile entre deux eaux, tu proposes à ma patience
l'image inverse et plus simple de mon sort.
* Sensible à la pression sur toi de ces courants qui traversent
le plan où l'appétit t'engage, tu éprouves
dans l'espace les variations d'intensité par quoi
le temps nous divertit de son simple passage.
** Tu suffoques où je vis et je sombre où tu veilles.
Nous ne sortons de ce chiasme que par la conjugaison. J'invite
en moi ton ombre à hanter mes artères.
*** L'appât dont je te tente, c'est la même
proie vive dans les remous que tu es à ma concupiscence.
De quel ange pêcheur suis-je la proie qui bouge aux reflets
de la rive adverse, dans l'ombre rare et les odeurs?
Le
poisson: -- Va, tu tires encore à toi le murmure où
j'habite, et je suis bien forcé de consentir à l'entretien
qui nous lie.
*** La nymphe des Hautes-Rivières n'a pas de visage. Le cours
de l'eau s'exhausse et défait sa figure sur la pierre où
l'ont gravée les enfants. Je suis le desservant de l'oubli
qui te guette. L'eau passera sur ta figure. Je monte à ta
rencontre.
** Piéton des rives dans les fleurs, je suis le métonyme
de ta fin. Un jour la figure est juste et on entre dans le bruit
de l'eau. En toi je suis déjà l'ombre qui va plus
vite, depuis le jour où tu as su que tu mourrais.
* Songe à d'autres soins: tes enfants rient par-dessus mon
attente. Ils n'ont pas peur.
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