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Une photographie de Catherine Merdy

BABEL-CINEMA

par Catherine Raucy

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Il avait eu du mal, d'abord. Qu'est-ce qu'ils en avaient à faire, dans cette petite ville, de films russes, égyptiens ou portugais, et même pas doublés, en plus! Et puis un jour il avait trouvé le truc: des films de samouraïs et de kung-fu, dont les gosses raffolent, des mangas épiques, extraordinaires, un festival de cascades et de combats dont la langue originale renforçait les effets; les gamins n'en perdaient pas une miette et mimaient les bagarres à la sortie, en braillant à tue-tête des insultes sonores qui faisaient se retourner les passants. Lui ne demandait pas son reste, entretenait leur passion, dénichait tous les quinze jours un nouveau film chez un copain distributeur.
Puis il élargit son public, lança des cycles, le dimanche après-midi, un festival "Enfances" pour les vacances de Noël, avec des films iraniens, brésiliens, anglais, des films de gangsters le samedi soir, Kitano, Scorcese, John Woo... Et chacun prononçant dans sa langue des paroles d'amour ou de menace, tenant sous le charme un public fasciné par l'action, mais aussi par la musique des mots, par la texture des voix, par le mouvement de ces langues d'ailleurs qui faisaient voyager rien qu'à les entendre.
Depuis trois mois, le pli est pris. Les gamins guettent le film du mois et réclament à la maison de la presse des revues sur les arts martiaux, des livres sur les Japon. Les grand-mères ne manqueraient pour rien au monde Marcello Mastroianni dans les Yeux noirs, et leurs filles rêvent de faire le tour de Rome en Vespa juchées derrière Nanni Moretti. Bien sûr les séducteurs et les redresseurs de torts emportent encore tous les suffrages; mais les belles voix et les visages burinés de Bruno Ganz et de Peter Mullan ont aussi leurs fans, et tous s'accordent à reconnaître combien l'espagnol met en valeur l'énergie passionnée des héroïnes d'Almodovar. Le monde pour eux n'a plus de frontières.
Pour la Fête du Cinéma, il va lancer de vieux films en noir et blanc: après le voyage dans l'espace, le voyage dans le temps. Pourquoi pas? Avec le Port de l'angoisse et le duo Bogart-Bacall, ça pourrait peut-être passer...
Catherine Raucy