Une photographie de
Yann Beausonu

Amours

de James

A vos amours...

Sommaire

 

1 - La fontaine.

Paula, dans sa robe blanche du dimanche, s'est assise sur le rebord de la fontaine. La canicule du jour commençait à décliner et il émanait de la pierre et du sol une douce onde de chaleur résiduelle qui la prédisposait à une soirée de bal. Dans l'attente, elle battait des cils avec grâce et volubilité.
Paulo l'avait remarquée depuis quelques instants déjà de la terrasse du café voisin qui lui sert de poste d'observation sur toute la place. Il ne lui a pas fallu plus d'une minute pour courir acheter deux coupes, une bouteille de champagne et une rose, et elle commençait à peine à se repoudrer le nez avec une boulle de coton hydrophile imbibée de poudre de riz quand il l'a enfin accostée :
Paulo : " S'il vous plait, ne dites pas non."
Paula : " Mais, monsieur, je ne suis pas une femme."
Paulo : "Ce n'est pas grave, mon amour, de toute façon, je suis le genre de mec qu'on encule."

2 - Du monde au salon.

Cet été, Mauricia, la jeune métisse aux taches de rousseur qui loge chez le gardien du camping, passe toute ses après-midi à regarder des films d'horreur sur une chaîne câblée spécialisée en téléphonant à ses copines. C'est la mode.
En sortie de bain échancrée qu'elle n'a pas retiré depuis sa douche de onze heure parce qu'elle n'a toujours pas fini de se préparer, les pieds posés sur la table basse, les genoux relevés, légèrement écartés, elle se masturbe doucement, en petit rond excentrés, de la main qui ne tient pas le téléphone.
En passant par le chemin de la piscine, Fabien peut l'observer un bon moment à travers les persiennes entrebaîllées sans qu'elle s'en rende vraiment compte, et il repart pour plage tremblant d'une joie saine, en sifflotant un air qui se mélange harmonieusement au chant des cigales.

3 - Les brumes du hammam.

Julie raconte encore que l'autre jour, elle a vu maman embrasser le maître nageur soviétique tout à l'intérieur de la bouche.
Ils étaient tout nus. Maman tenait dans sa main un objet long qui sortait du ventre du monsieur, et le monsieur qui rougissait de plus en plus, écrasait dans ses main humides les fesses et les seins de maman en poussant des râles rauques.
Alors, Julie a fait pareil avec son petit frère. Et elle dit qu'en fin de compte, il lui a mis plein de jus d'huître sur les doigts, que ça sentait mauvais et ça n'avait pas bon goût, mais qu'elle a bien aimé quand même parce qu'après, elle s'est sentie un peu toute chose.

4 - Tout autour du lit.

Il se peut qu'il pleuve depuis des jours déjà sur les volets peints et sur la fenêtre entrouverte, et la pluie ruisselle le long du carreau jusqu'à son coin inférieur avant de se lâcher en gouttelettes dans un sceau posé là, rempli à raz bord.
Il y a un slip qui pend négligemment au dossier de la chaise en métal, couvert d'une épaisse moisissure blanche et piquée de vert. Ce genre de slip brodé en matériau moderne qui laisse, une fois enfilé, les deux fesses apparentes délicieusement découpées par une fine bande de tissu qui descend et disparaît on ne sait où dans les profondeurs de l'entrejambe.
Il y a aussi, éparpillés, des socquettes fines à motif à fleurs et des chaussettes épaisses de footballeur, une chaussure à talon au cuir craquelé que les lacet ont abandonné, tombés en poussière ou bien rongés par les souris et qui les laissent maintenant béante sur le vide.
Il y a un caleçon, moisi lui aussi, suintant d'un jus épais et marron, retourné sur la lampe de chevet et qui semble bâiller aux corneilles tellement ses élastiques son lâches et les mailles de son tissu distendues.
Il y a, dans le lit, des traces d'amour séchées où des mouches ont pondu, où les vers se sont dévorés entre eux, et de l'autre côté, dans les drap froissés étalés au sol, il y a deux cadavres enchâssés.
Une hache aura pourfendu ce qui semble avoir été la femme, qui est sur le dessus, puis transpercé de part en part l'homme adossé au sol, les mains autour de son cou, avant de venir se planter de trois doigts dans le plancher de chêne massif et ne plus en bouger jusqu'aujourd'hui.

5 - Vanessa.

Dans le deux pièces meublé, au-dessous de chez moi, vit Vanessa. C'est une gouine, ma meilleure copine.
On passe nos journée ensemble au cinéma, dans le musées, dans les cafés. Elle m'emmène en plein jour dans des endroits pas très nets, pleins de femme qui sentent la transpiration et l'amour, des endroits aux murs un peu gluants mais où elle aime à passer ses fin de soirée arrosées.
Des fois on poursuit l'après-midi devant un match de … à la télévision ou dans un parc floral à seulement discuter et regarder les enfant jouer. Tout les deux, nous savons que nous n'en auront pas. Elle parce qu'elle ne veut pas d'homme, et c'est catégorique. Moi, parce que je n'en veut pas.
Et pourtant, souvent, je me dis que j'aimerais juste être un peu plus efféminé pour pouvoir faire l'amour dans ses draps. Même avec plein d'autres femmes, mais avec elle aussi, et surtout elle. Même qu'en me serrant dans ses jambes, elle lècherait le bout de mes seins.

6 - Un morceau de la lettre oubliée sur le chevet.

Je sais, Marilyne, que tu n'aimes pas les grands sentiments, les grandes effusions du sang, ces guerre fratricides qu'on se donne en cadeau d'amour à la place d'un baiser. Mais j'ai un doigt dans ton anus, et les autres en vagabondage. Et si tu tremble encore un peu, je te ferai mon numéro, celui de l'homme, du singe, du mâle, le mage auquel on abandonne son âge, c'est à dire sa dignité de femme, pour l'or d'un souffle qu'on retiendra.


7 - La femme du cosmonaute.

Son mari, ce héros, rejoint la lune à toute vitesse dans une fusée au fuselage argentée. Pendant ce temps, la femme du cosmonaute couche avec moi.
Son lit est confortable, ses draps toujours soyeux. Il y a de la musique que donne une radio et qui tisse dans l'air des fils apaisant.
Au-dessus de nos cris, et parmi nos soupirs, cet homme fait ses tours, en orbite. Et moi je la culbute par tous les orifices avec des mouvement onduleux des reins. J'y met toute la précision que je peux, parce qu'on ne rivalise pas n'importe comment avec les forces motrices de l'univers.
Et même, le soir venu, quand je reprend mon souffle avec un verre d'alcool, allongé sur son canapé, je ne peux m'empêcher, en admirant les images prises de la terre de son approche inexorable de l'astre, celui qui éclaire nos nuits, de penser au flot de mes propres spermatozoïdes qui viennent en même temps, mais par milliard cette fois, féconder l'ovule bien rond de sa femme, et qui lui feront un bel enfant tout rose pour la Noël.
L'homme brave par excellence, celui que toute la nation adule et accompagne en retenant son souffle, je le suis ainsi, à ma manière, en fumant l'un de ses cigares.
D'ailleurs, et c'est inscrit sur son carnet de note classé top secret, à son retour il devra dire sans sourciller, face aux caméras : "Nous n'étions pas seul sur la lune."

8 - Avec le temps.

Les yeux de Riel ne sont plus humides. Ils ont séché. Et quand ils se ferment, même pour un clin, c'est avec un bruit de papier de verre.

9- C'est la règle.

Au temps des sorties de classes tardives, après l'étude et les devoirs, ils aimaient se retrouver dans les rues du quartier et déambuler en parlant fort, en agitant les bras, en bousculant des tas de vieux et des idées reçues.
Sous le linge qui séchait aux fenêtres, ils échangeaient quelques billets. Des places pour un match communal, des entrées de ciné, ou des mots griffonnés au crayon à papier au dos d'un contrôle pas brillant, pour un meilleur avenir.
La nuit, sous la tonnelle, on a vu les histoires que chacun se créait à force de gambilles et de poils au menton, et le viol collectif de notre plus belle amoureuse, avec une réglette en fer pour les mathématiques qu'on serrait à deux mains. Autrement, comment faire?

10 - Mauve et le Velours - Lolia.

J'en voudrais un plus long, plus imposant, plus moderne, plus gadget, plus profond quoi. Et pourquoi est-ce que ça ne se ferait pas ? Un, une, enfin bref. C'est le point de départ. Un peu plus. Un pas grand chose de mieux. Tout juste assez pour que ça verse dans le trop. Alors commence le mal. Ça se répand, ça s'étale, ça imbibe les tissus alentour. Tu es ma clef. Après vient le plaisir, la jouissance et l'horreur. Je t'aime. Plus fort que toi. Et la première de toute c'est l'amour, en particulier l'amour de soi. C'est celui qui bave le mieux sur les tissus alentour. J'en connais certain(e)s qui s'aiment tellement que ça leur en est devenu invivable. J'aimerais vraiment, tu sais, être toi pour pouvoir me caresser quand je dors. Mais pour ça, pendant ce temps, il faudrait que tu ne sois rien, des fois, que tu t'efface complètement, peut-être que tu meure même mon amour. Tu peux faire ça pour moi ? allez ! Voyez-vous ?

11 - Mauve et le Velours - Marcus.

Ah ! Les voilà les horreurs. Elles s'agglutinent au débit fluide des mots de l'amour, bien serrés les uns aux autres. Indissociablement. Je m'enroule autour de toi comme un boa. Est-ce que tu sens ta gorge qui te serre quand je suis là ? Une toute petite chose que celle-là. Un détail innocent qui confine au bonheur. Le bonheur d'être détruit. Celui aussi de passer le seuil de quelque chose d'inimaginable, de différent, d'étrange, d'étranger, de plus fort. " Tout le monde connaît l'appel du vertige, même au saut d'un caniveau. " Et ce n'est pas vraiment le démon de fiel qui se glisse dans l'ange rose, c'est plutôt la dernière morsure du ciel dans l'angoisse de l'œil ouvert avant que vienne s'y planter l'écharde. Celle qui confirme le virus. Si j'étais toi, je me tuerais. J'en profiterais. Et je prétexterais que c'est toi qui m'y a poussé(e). Toute histoire de cœur est une secte.

12 - Mauve et le Velours - Leur histoire.

Trop de bonheur entre nous. Pince-moi, je rêve. Pince-moi fort, avec une tenaille. Où s'en va-t-on si soudain, quand le froment d'un espoir d'une nouvelle naissance lève sur notre quotidien de petites histoires, si soudain, sous la fournaise d'un éclairage inconnu ? L'éclairage d'un inconnu qui regarde, c'est magique. (Regarde, c'est magique, si je te trompe avec tes ami(e)s tu cries un peu et tu te mets à pleurer. Si je reviens, tu es bien et tu frappes dans tes mains. ) Douce torpeur des esprits dans les limbes. Celle qui saisit l'acteur au baisser du rideau ou le danseur à la sortie de la piste. Je ne suis bien que loin de toi, quand je peux être toi, à part entière. Cette envie irrépressible de faire un amour comme on refait le monde, comme on bâtit une maison, ou comme on prépare la cuisine. Faire l'amour. Dans tous les sens de faire. Dans tous les sens de dans tous les sens.

13 - Mauve et le Velours - Sambo.

Et s'il n'y avait pas de sexe, je veux dire pas de sexe du tout, est ce que tu m'embrasserais quand même ? Oui, la retombée néfaste de n'importe quelle ouverture se fait vite sentir. Il faut pouvoir assumer d'être sorti d'un jeu qui nous prend comme joueur autant que comme pion. Comme dans toute protestation contre le pouvoir, tombent les pierres mortes. Les portes closes. L'amour. Il (elle) me fait mieux l'amour que toi. Et puis il (elle) est si toi, mon amour, plus toi que toi-même…tu comprends. Dans une autre langue, on donnerait sa main à couper pour ne pas en parler. Tu crois que je te mérite ? Oui, ou bien on se sentirait obligé de draguer ce qui adhère encore en raclant le fond des choses avec des chaînes lâches qu'on laissera traîner à distance. S'il te plaît, déteste-moi. Tu le veux ? Oui, il y a de la dictature. Une sorte de torture de l'ordre du labyrinthe, de l'ordre de la publicité, parfois. Aussi fort que tu le peux. Vas-y. Mais enfin, qui ne prend pas ce malin plaisir à être si délicieusement conformiste ? Sois un peu humain(e). Quoi.

14 - Anaïs et Bertrand.

- Je t'aime.
- C'est à moi que tu parles?
- A qui veux-tu que je m'adresse? Nous ne sommes que deux.
- Nous ne sommes pas que deux au monde, que je sache. Tu pourrais bien t'adresser à n'importe qui. Moi-même, à l'instant, je pourrais être avec qui je veux. Dans les bras de qui je veux. Et dire ce que je veux.
- En effet, personne ne t'en empêche, mais pour l'instant tu es dans les miens de bras, et à moins de deux ou trois kilomètres à la ronde, il n'y a personne. Personne. Nous sommes en plein désert ici. Au milieu de rien.
- Tu ne crois pas si bien dire, mon chéri. Il n'y a rien par ici. Rien de rien.
- Comment ça, rien, mon amour?
- Rien ni personne, c'est pourtant simple.
- Personne ? Même pas nous?
- Si, toi… peut-être.


15 - Lila.

C'est Lila qui deale son charme juste au coin de la rue, là, en bas. Les bas résilles, le rimmel, le sac à main, le chewing-gum et tout le tralala. Une vraie panoplie. Pas trop chère. N'empêche que quand on lui demande son avis sur les rigueur de l'hiver, par exemple, elle est la seule qui sache nous dire... C'est vrai, elle en connaît un rayon la petite. Elle a fait sa médecine, et jusqu'au bout. Mais elle a préféré les hommes.



James