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Les muses endormies, battent doucement des ailes, dans leur sommeil
de poivre et de musc.
Les canaux assagis portent leur filet d'eau pâle, vers une
destination infinie, des noces abyssales.
Sur la terre blanche les tamaris et les cyprès frissonnent
de plaisir, sous le vent mutin chuchotant des effluves de lavande
odorante, des senteurs de serpolet. Les fleurs répandent
leur volupté sucrée sur la terre sèche.
Une terre de poudre d'os qui donne aux arbres des troncs petits
et tordus, si bien que jeunes ils paraissent déjà
de vieux sages.
Une terre au sang vert et fruité, une onction lumineuse
au parfum d'olive.
Une terre aux fruits rouges et charnus qui éclatent sous
le soleil, une terre pour les chèvres capricieuses et les
moutons paisibles.
Une terre pour les chats maigres et les poteries bleues comme le
ciel.
Une terre pour les chiens qui aiment courir après le vent,
pour les lapins qui dansent au clair de lune.
Une terre pour les vagabonds, les bergers et les prophètes,
une terre qui murmure des poèmes aux étoiles, qui
berce l'homme comme l'enfant et qui partage ses connaissances avec
ceux qui renoncent à linutile.
Une terre qui en secret, rêve à la mer, la grande
bleue là-bas, de l'autre côté des montagnes
nues.
Une terre qui danse et qui pleure, qui bat à la mesure du
cur !
Une terre qui meurt et qui se relève en chantant!
Une terre pour les silences et les mystères, les replis
d'ombre, les murs épais.
Une terre de soleil où la magie est indissociable de la
vie, où l'amour s'apprend avec la patience et où la
mort accompagne chacun des pas accompli.
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