Du
Luth à double jeu jusqu'à la lutte à double
"Je", de l'ancien instrument de musique jusqu'à
l'actrice duelle, bref du Théorbe jusqu'à Alexandra
Lamy, se développe subtilement un conte à rebours
entre son image médiatique et sa vocation légitime!...
Remontant peu à peu à contre-courant
le fleuve de la renommée, depuis les voluptés de
la comédie jusqu'aux exigences de la tragédie, la
comédienne trouve dans la pièce de Christian Siméon,
l'opportunité rare de faire évoluer dans la continuité
une forte notoriété télévisuelle,
quoiqu'encombrante a priori pour l'exercice théâtral,
vers un destin de polyvalences au spectacle vivant!....
Seule sur scène en première partie,
se débattant avec un téléphone exaspérant,
elle autorise le public à s'acclimater à sa présence
physique en accord avec l'aura de l' "héroïne
feuilletonesque", puis peu à peu insidieusement, en
faisant se succéder des partenaires bien disposés
à partager la bipolarité du suspens, le rôle
se fissure, se brise dans le personnage de "Jeanne"
passant à son insu de l'excitation à l'hébétude!...
Ainsi, pendant que les deux tours jumelles du World
Trade Center s'approchent de l'apocalypse, dans un de leurs étages
supérieurs, Greg l'époux (Pascal Demolon) hésite
à revenir vers l'appartement familial pour ramener les
clés ayant enfermé malencontreusement Jeanne à
double tour, alors même que celle-ci devrait se rendre à
une audition décisive pour sa carrière artistique!....
Sa mère (Anna Gaylor), son frère
(Guillame Toucas), sa femme de ménage (Lou Best) et même
le serrurier (Jean Colloredo) parviendront-ils grâce à
l'intercommunication des portables à modifier le cours
du temps qui s'égrène à l'envers d'un double
scénario, profilant conjointement l'universel et l'intime?
Comme dans un jeu de miroir infini, Didier Long
a installé en un ingénieux manège pivotant,
le passe-passe des tours mythiques... en laissant, le cas échéant,
à autrui le soin de récupérer les fameuses
clés!...
Theothea le 09/12/03