Si ce n'est
à la première des comédies musicales de la saison théâtrale, c'est
à coup sûr à un véritable feu d'artifices du spectacle vivant
qu'Andrzej Seweryn nous convie pour sa deuxième mise en scène
à la salle Richelieu, après celle du Mariage forcé de Molière
en 2000. C'est peu dire qu'il signe ici à nouveau une réalisation
enthousiasmante qui fera date à la Comédie-Française et cette
"Nuit des rois" devrait avoir d'évidence, vocation au
triomphe du public!...
Dans un espace
structuré en deux niveaux dont l'étage supérieur est lui-même
découpé en trois zones reliés par des portes battantes, le décorateur
Rudy Sabounghi a concrétisé une hypothèse initiale où "Tout
ce qui dans les séances précédentes avait été travail et effort,
devenait soudain jeu et plaisir"!....
Effectivement
ces deux mots "jeu" et "plaisir" caractérisent
à merveille ce sentiment de plénitude accomplie qui, durant 180
minutes, traverse en ionisant la scène, la vingtaine de comédiens
plongés dans la jouissance de ce délire Shakespearien!...
"Le déguisement
décide de ce que nous sommes, que sommes-nous réellement au-delà
de notre image?" commente Andrzej Seweryn séduit par les
jeux de miroir et d'optique suscitant de fait une réflexion identitaire!...
Thierry Hancisse
(Messire Toby Rototo) s'exhibe comme habité par le génie d'une
ivresse bouffonne!...Porté par la cocasserie de ses compagnons,
Messire André Fièvrejoue (Laurent Natrella), Feste (Guillaume
Gallienne), Fabien (Nicolas Lormeau) et même Marie (Véronique
Vella), celui-là semble investi d'une mission en croisade pour
la facétie que tous convoitent a parité comme un seul être halluciné!....
Qui de Mathieu
Genet (Sébastien) et d'Audrey Bonnet (Viola) apportera la preuve
manifeste d'être frère et soeur et non le fruit d'un fantasme
collectif ne sachant plus, à force d'alternances androgynes, à
quel duc Orsino (Laurent d'Olce) ou à quelle comtesse Olivia (Coraly
Zahonero), se vouer d'Amour ?
Malvolio (Gérard
Giroudon) sera-t-il le dindon d'une folle ronde où des lettres
se substituent à leurs auteurs pour mieux les compromettre et
où, même la parole du capitaine Antonio (Bakary Sangaré) sera
bafouée?
Personne n'échappera
aux foudres du travestissement, mais c'est dans une joviale délectation
que tous entonneront un joyeux madrigal à plusieurs voix, confirmant
en guise de divertissement final que Piotr Kaminsky et Nicole
Fallien ont effectivement collaboré à un fabuleux spectacle musical...
de William Shakespeare of course!....
Theothea
le 12/09/03