Sur
quatre-vingt seize personnages que comporte la pièce de
Jean Genet, seuls trois dentre eux dans la mise en scène
de Frédéric Fishbach sont interprétés
par des comédiens; en effet une pléiade de marionnettes
semploie à relayer cette profusion de rôles
sous la férule de six manipulateurs experts du Théâtre
Toukiza de Tokyo!...
Armés de jumelles mises à la disposition du public,
les spectateurs élaborent leurs points de vue en zoomant
sur des relations interactives associant le non-vivant à
la vie grâce à de mystérieux réseaux
de ficelles permettant danimer les marionnettes!...
La dialectique entre lhomme et ses alter ego de chiffons
et bois est à son tour supervisée par le récit,
limprécation et linterprétation de deux
vociférateurs qui donnent la pleine mesure de cette installation
scénique particulièrement originale!...
En effet Valérie Blanchon et Christophe Brault, initialement
positionnés côté cour, à hauteur des
premières rangées de spectateurs afin dillustrer
et de commenter laction dramatique, vont par la suite, rejoignant
la scène, sintégrer totalement au jeu et à
lenjeu théâtral. Impliquant leur voix dans
la différenciation des personnages, ils contribuent avec
maestria à la réussite de ce spectacle denviron
quatre heures, sans que celui-ci puisse pour autant être
proposé dans son intégralité.
Ce dispositif réunissant ainsi des entités complémentaires
jusquaux techniciens du théâtre, tous évoluant
parmi des praticables mobiles sur un plateau dépouillé,
crée rapidement laccoutumance à une attention
et une écoute décalées, où la poésie
symbolique peut aisément sincarner dans le réalisme
sordide!...
Ainsi la force inaliénable du texte de Jean Genet trouve-t-elle
ici un surcroît détrangeté et même
dhumour, accentuant de fait sa perspective indicible sur
la guerre d'Algérie en un souffle époustouflant!...
Theothea le 29/05/02