Comment
se fait-il qu'avec un metteur en scène aussi compétent que
Gildas Bourdet, un sujet aussi fort et des comédiens aguerris,
nous restions en définitive en manque d'émotion réelle?
Ce
jardin des apparences est présentée par son auteur, Véronique
Olmi comme un vaste jeu de cache-cache avec la vie!
Deux
couples se retrouvent auprès d'un père que la maladie va
emporter incessamment! Chacun trompera le temps compté en faisant
la mesure de son anxiété face à l'ennui d'être en parenthèses
de sa propre existence!...
Pour
ses deux filles (Claire Nadeau et Marianne Epin), comment trouver
les mots pour se rapprocher de l'être aimé, en tentant de
savourer ces précieux instants?
Pour
les deux gendres (Jean-Pierre Bouvier et Jean-Yves Roan), comment
assurer auprès de leurs épouses respectives un soutien affectif,
en sachant conserver la bonne distance de ceux qui ne sont que les
"pièces rapportées"?
Mais
voilà que là où la subtilité des intentions et des gestes
devraient se lire au travers du prisme du non-dit et des paroles
en trompe l'œil, la tentation de la caricature a d'abord gagné
l'attitude des maris qui sont a priori considérés par Armand, le
père, comme des gêneurs!…
Même
les filles, dans la crainte d'un pathos insupportable, semblent
gagnées par le comportement fébrile, alors même qu'elles
souffrent, chacune à leurs manières, de cette nostalgie qui s'en
est allée avec le souvenir du bel ordonnancement de leur jardin
familial!…
La
confusion ayant gagné tant les hautes herbes que les âmes, les
sentiments se contournent désormais comme des empêcheurs de
tourner en rond, livrés poings et pieds liés aux lendemains sans
mémoire!…
Seule,
Sabine la plus jeune, tente maladroitement la percée vers
l'intime, mais échoue en proie aux vertiges de l'annonce du
diagnostic médical!…
Toute
cette valse hésitation trouve néanmoins son pain béni dans
l'interprétation du patriarche, grâce à Jean-Paul
Roussillon!…
C'est
peu de dire que celui-ci compose avec une vérité transcendante,
le portrait d'un vieil homme mal léché, bougon mais le cœur sur
la main!…
Sa
disponibilité de condamné à mort par intuition le rendrait apte
aux confidences, aux regrets effacés, au réconfort du toucher;
mais l'évidence se fait jour; le rendez-vous sera quelque peu raté!…
En
effet, cette histoire d'une rencontre filiale ultime prendra sur
la scène du théâtre Hébertot, la tournure d'une pièce à côté
de laquelle nous passons, sans pouvoir en ressentir l'intensité,
restée dissimulée par le mime de la vie!
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