Comme un nageur qui crânement remonterait à contre-courant le torrent de la genèse du monde, Valère Novarina s’est forgé le besoin impérieux d’accéder aux sources du langage dont la force vitale lui apparaît aussi nécessaire que la circulation du sang!...Partant ainsi à la rencontre de l’énergie à l’état pur, il côtoie les mots dans leur jaillissement originel avant que le sens commun les fige dans une signification édulcorée!...
« Dans l’origine rouge, on parle parfois en morse, en algèbre ou, avec des pancartes; on tracera au sol des mots en peinture qui couleront pour de vrai; on pensera en pensée sans langage; on communiquera par mouvements; on ira chercher les répliques avec des sacs à répliques.... »
Créée au Cloître des Carmes durant le Festival d’Avignon 2000, cette pièce parvient encore « brut de décoffrage » au théâtre de la Colline!...Les comédiens comme montés sur piles électriques, profèrent dans une rythmique de métronome, une logorrhée dont rien ni personne ne semblerait en mesure de s’opposer!... Telle une symphonie, les phrases musicales sont scandées à tour de rôle, comme si la performance de l’acteur devenait le commun dénominateur d’une fascination muette!...Alors l’articulation des mots n’a d’égale que la précision d’une mémoire abyssale désarticulant une mécanique d’horlogerie!...Passant alternativement d’une écoute attentive à une vigilance flottante, les vocables chantent leur brutalité, se télescopent et heurtent toute rationalité qui tenterait désespérément de s’agripper au bastingage d’un naufrage ascensionnel!...Des plaintes langoureuses attisent et pansent les blessures que l’accordéon de Christian Paccoud vient raviver en phases compulsives!...Les comédiens emportés dans le tourbillon de cette valse à mille temps, transcendent le concept de talent, en se jouant d’un perfectionnisme dont ils transgressent allègrement toutes les limites!...Hors catégorie, la direction d’acteurs et la mise en scène de Valère Novarina suscitent un enthousiasme médusé!... Une catharsis du verbe!...