Le temps est notre demeure

de Lars Norèn

Mise en scène : Richard Leteurtre ***

par Theothea

theothea.gif (3134 octets)

Théâtre de l'Opprimé
Tel: 01 43 40 44 44

Sommaire Théâtre


Serait-ce la Cerisaie ou les âmes de ceux qui la peuplent aux beaux jours, qui devraient ici être mis à l’encan?

Les dix personnages convoqués en villégiature par Lars Noren, constituent en quelque sorte un état des lieux, un état du monde en ce passage de relais, de siècle à siècle!...

La génération des soixante-huitard se retrouvent en position de doyenne, face à sa descendance passablement tourneboulée par les contradictions voire le fossé se glissant entre les idéologies théoriques et le constat d’échec que ces enfants ressentent douloureusement quant au vécu de leurs parents!.. Comment ne pas entendre en écho dans le titre français de la pièce «Le temps est notre demeure», la consonance de «Le temps en nous se meurt»?

Pour illustrer l’observation de l’auteur, à son tour le metteur en scène Richard Leteurtre installe une machine à broyer les certitudes et les bons sentiments!... Ainsi se présentant à l’équerre horizontale, deux axes coulissent à volonté durant les trois heures du spectacle pour se positionner dans un ronronnement technologique, en décor ajustable aux états d’âme!...

Dès les premiers instants de la dramaturgie, plage sonore et chorégraphie drapée de corps dans la lumière peuvent évoquer la Björk du «Dancer in the dark», imprimant le ton désenchanté de retrouvailles, au tempo d’envolées lyriques en perte de sustentation!...

Trois couples, deux célibataires et deux jeunes filles vont dans le chassé-croisé des deux premiers actes, esquisser le mal-être qui se dissimule sous les lâchetés, les reproches, les ressentiments que chacun perçoit avec acuité chez l’autre!...

Cependant comme tous offrent dans les failles du mensonge, un reflet de l’inacceptable, le troisième acte après l’entracte réunira tous les protagonistes en une garden-party du chaos!...

Anne Barlind, ayant en outre la casquette d’adaptatrice du texte français, emmène avec impudence l’ensemble des comédiens au-delà du miroir des faux-fuyants attendus!... Les répliques fusent comme des balles traçantes en autarcie, zébrant tour à tour le ciel de l’amour, de l’amitié, et fracassant au passage la nostalgie des jours heureux!...

Ce feu d’artifices sera un véritable régal pour qui voudrait ne pas se bercer d’illusions avec les images du bonheur au garde-à-vous!...

Magnifique interprétation que chaque rôle dans son malaise aura l’énergie positive de transgresser au-delà des signaux de détresse!... Save Our Souls. S.O.S!...

Theothea le 05/04/01

 
                                                                                  

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