En s'emparant du personnage de Minetti, Michel Bouquet accède
à la quintessence de l'Art dramatique!...
En
incarnant l'âme de l'acteur, il en devient le chantre ainsi
que l'exécuteur spirituel de Thomas Bernhard!...
En
symbiose avec la mise en scène de Claudia Stavisky et libéré
des contraintes d'un texte difficultueux parce que récurrent,
le comédien semble avoir pris en passant d'Avignon au Théâtre
de la Ville, toute la mesure d'un humour constamment sous-jacent;
son oeil s'amuse à souligner la distance du Verbe à
l'Esprit, son doigt pointe la trahison latente alors que son pied
ne craint pas de perdre l'attache de son caleçon!...
Michel
Bouquet jubile d'être ce personnage qui échappe aux
lois de l'attraction, si non celles de la gravité!... Le
comédien sait qu'il tient son double et par là-même
son chef-d'oeuvre!...
Sa
composition est à l'image de sa profession de foi!... Son
implication est le trophée d'une carrière qui se
confond avec l'exigence d'absolu!...
Dans
ce hall d'un palace désuet d'Ostende règne autour
de lui en ce soir de Saint -Sylvestre, une atmosphère de
fin de règne!... Celle d'un pouvoir aveugle s'estompant
en présence de la dérision des masques!...
Qu'il
est vigilant, ce portier (Christian Taponard) prêt dans
la réserve de sa fonction au déchirement des confidences!...
Qu'elle
est délicieuse, l'écoute de cette dame d'un certain
âge (Juliette carré) se pâmant au creux d'un
profond canapé, au récit des frasques et des déconvenues
de l'acteur blessé dans ses convictions artistiques!...
Qu'elle
est prémonitoire, l'attention de cette jeune fille (Sara
Martins) disponible à toutes les passions secrètes!...
Minetti
y voit autant de signes à refuser la compromission et la
soumission aux forces consensuelles!... Qu'importe le rendez-vous
manqué avec le directeur du Théâtre, l'attente
va le conforter dans le courage de devenir ce qu'il est!...
Il
déambule parmi les colonnes de l'Institution pour mieux
y puiser l'énergie de la révolte ultime!... Il en
trace la voie, il s'avance vers elle pour s'y engloutir en une
épure:
Celle
de jouer une dernière fois le Roi Lear, sous le masque
d'Ansor!...
Theothea
le 10/10/02