Après que Bernard Murat eut déjà, en vain,
essayé une première fois en 97-98, de les désunir
dans "Le mari, la femme et l'amant", voici que le metteur
en scène perspicace renouvelle la tentative, cette fois-ci
dans le théâtre dont il est codirecteur, en leur
offrant respectivement des époux de substitution afin qu'ils
réussissent leur vie affective jusqu'ici trop malmenée!...
Fiction
bien entendue puisqu'à la ville Pierre Arditi et Evelyne
Bouix forment un couple de référence, et qu'ici
sur la scène du Théâtre Edouard VII, même
Noël Coward, le fameux auteur dramatique anglais ne parviendra
pas à empêcher le ménage de recommencer son
cycle incessant à la "Je t'aime moi non plus...."!...
Défi
osé que de démontrer dans le lieu où fut
célébré le souvenir de Marie Trintignant
en août 2003, que l'attirance d'un homme et d'une femme
relèverait le plus souvent d'une attraction inexpliquée
entre atomes mais que ce mystère irrationnel pourrait engendrer
autant d'amour que de violence!...
A
moins que pour éviter tout débordement néfaste,
les protagonistes soient en mesure de décider et de respecter
un vade-mecum brillantissime et qu'ainsi, en cas de conflit soudain,
un talisman contractuel prononcé par l'un des deux puisse
temporiser comme par magie, leurs pulsions agressives réciproques!...
"Amanite
phalloïde" tel est le code secret adapté par
Eric-Emmanuel Schmitt!... Séduisant champignon mortel s'il
en fût, qu'il faut néanmoins avoir la présence
d'esprit d'articuler avant que la situation ne dégénère!...
Comédie
bien entendu, légère de surcroît, particulièrement
efficace et drôle, tant le duo de charme se prend les pieds
dans le jeu récurrent de l'union et de la rupture, alors
que leurs nouveaux conjoints légitimes eux observent, ébahis,
les ravages des illusions perdues, étant toutefois peu
à peu contaminés dans leur propre gouverne, par
le processus sentimental ambivalent!...
Alors
pour le meilleur et pour le pire, Eliot, Amanda, Sibylle et Victor
pourront se donner la main, tellement leurs interprétations
de personnages à la Sacha Guitry résonnent comme
d'éblouissants numéros d'acteurs s'adonnant à
des acrobaties de guignol en équilibre sur le fil de la
passion amoureuse contrariée!...
Aussi
que le couple Evelyne Bouix-Pierre Arditi fonctionne à
merveille, qui s'en offusquerait si ce n'est celui tout nouveau
tout beau de Sonia Vollereaux-Franck Mercadal, encore bien évidemment
que rien ne prouve qu'un amour de théâtre puisse
en cacher un autre!...
A
moins qu'un tiers, une bonne portuguaise par exemple, en l'occurrence
Louise (Sophie Mayer) arrive au final pour remettre fort maladroitement
de l'ordre dans le magnifique décor de Nicolas Sire et
par la même occasion rendre à l'insu de tous, chacun
à sa chacune!...
Theothea
le 22/02/04