Combien il est réjouissant de débuter une saison
théâtrale en ayant le loisir d'apprécier "Un
petit jeu sans conséquence" qui pourrait être
le prototype de la pièce divertissante parce qu'à
la fois sémillante, tendre et fielleuse!
Le
texte écrit à deux mains (Jean Dell & Gérald
Sibleyras) s'évertue à faire triompher la mauvaise
foi partagée par tous dans un univers où la vulnérabilité
des uns n'a comme exutoire que le comportement trompeur des autres!
Hors
champ d'une "Cerisaie" qui vibrionne au rythme d'un
pique-nique champêtre et initié sur un simple coup
de tête à la suite d'une réflexion bien intentionnée
mais maladroite, un malicieux jeu de société s'installe
à l'insu de tous les participants!
Que
l'on soit proche, cousin, ou ami, chacun préférant
l'attaque sournoise à la défense justificative,
va guetter sa proie selon le moindre signe de faiblesse dévoilé
par la partie adverse!
"Ils
vont se quitter!
". Bruno (Marc Fayet) et Claire (Valérie
Karsenti) qui jusqu'à ce jour passaient pour former un
couple sans histoire, vont brusquement s'en inventer une, en annonçant
subrepticement leur prochaine séparation!..
L'incrédulité
faisant place aux interprétations les plus caustiques,
la rumeur va se répandre parmi les invités qui tour
à tour, devançant leur propre intérêt,
n'auront de cesse d'échapper au boomerang des commérages
les plus ravageurs!
En
effet arroseurs et arrosés communiant dans la même
passion des intrigues à emmêler, le petit jeu va
s'affoler sans que plus aucun pilote ne sache gouverner le ravage
des affections en errance!
Bien
entendu, ceux qui ont vocation à ramasser les marrons du
feu, se feront un véritable plaisir d'enfourcher les opportunités
et laisseront pantois les intermédiaires!
Habiles,
les auteurs au lieu de nous raconter une énième
histoire du couple qui se déchire, invente sous nos yeux
un jeu de rôles où l'action va s'improviser à
chaque représentation, au gré d'un choix constamment
ouvert et donc propice à toutes les identifications du
spectateur!
C'est
ainsi que Serge en élégant jeune homme de bonne
famille, poli mais cynique va mener par touches discrètes,
un bal qu'il n'avait pas prémédité mais dont
tous les autres protagonistes semblent lui déléguer
un rôle d' "élu" dont il ne refuse ni les
conséquences, ni les prérogatives!
Une
leçon de vie, à défaut d'une leçon
de savoir-vivre qui déclenche une hilarité bien
communicative, tellement elle ressemble à s'y méprendre
aux embrouilles fomentées dès que plusieurs personnes
se réunissent!
Sous
la direction de Stéphane Hillel, l'équipe d' "Accalmies
passagères" réinvestit brillamment le théâtre
La Bruyère dirigé par Stephan Meldegg, talentueux
dénicheur d'innombrables succès
qu'à
nouveau ce petit jeu va à coup sûr susciter telle
une traînée de poudre euphorisante, mais quoi qu'on
en dise, pas nécessairement sans conséquence!
Theothea
le 09/09/02
(voir aussi le palmares des Molières
2003)