Dans
un décor de pans de murs sombres et mobiles sur plusieurs axes,
l'imaginaire onirique se plaît à jouer avec les intentions
positives des êtres humains, jusqu'à les écraser, les broyer
dans leurs perspectives candides, pendant que d'autres
s'arc-boutent sur les leviers d'une manipulation destructrice mais
vaine en définitive!…
La
mise en scène de Brigitte Jacques-Wajeman réveille les Don
Quichotte au fin fond des consciences, alors même que le cynisme
apparaît a priori comme un gage de réussite!…
Porté
par un idéalisme néo-romantique, l'Amour a rendez-vous avec la
mission de sauver à la fois le Peuple et l'Etat!…
Don
Salluste, en disgrâce pour raison sentimentale, cherche vengeance
de la Reine d'Espagne, en tentant d'utiliser à son profit les
services de son cousin César de Bazan et ceux de son valet Ruy
Blas!….
Du
laquais au maître, les quiproquos vont se disputer aux inversions
de rôles afin de faire tomber dans le piège de l'adultère la
Reine et son protégé!… En voulant dénoncer la corruption générale,
ceux-ci vont se brûler les ailes dans l'approche au plus près du
pouvoir politique!…
Eric
Ruf (Ruy Blas) et Denis Podalydès (Don César) emportent dans un
tourbillon de feu et de passion, les vertus d'un jeu magistral où
l'interprétation transgresse les règles de l'Art!… Face à
Jean-Baptiste Malartre (Don Salluste), ils rivalisent d'énergie
fantasque pour déjouer la ruse démoniaque et fascinante du
ministre déchu!… Surgissant du pays des merveilles, Rachida
Brakni ( La Reine Dona Maria), tempère les audaces, tout en renonçant
à dissimuler son admiration amoureuse!…
Il
y a quelque chose de Merryl Street dans le regard chargé d'émotions
intenses que pose Rachida Brakni, toute nouvelle pensionnaire de
la Comédie-Française engagée par le tout nouveau secrétaire
Marcel Bozonnet!… Son aura de Reine catalyse la fougue de ses
partenaires de scène et s'ouvre sur toutes les promesses de réussite!…
Il n'empêche que les applaudissements des spectateurs à la représentation
du lundi 27 janvier, ne suscitent en retour quasiment aucune
esquisse de sourire de sa part et semblent même la laisser étrangement
indifférente!…
Avec
RUY BLAS, la célébration de l'année Victor Hugo est engagée
avec excellence à la Comédie-Française. Très proche du délire
Shakespearien dans la forme, la démonstration du courage
politique y est affirmé avec réalisme et, à ce titre, la démarche
pédagogique y rejoint avec bonheur, l'ambition
artistique!…