La comédie musicale "Hair" est désormais
un mythe, celui d'une époque où la contestation
des moeurs emporta en occident l'adhésion collective à
de nouveaux schémas politiques et idéologiques installant
l'individu dans le champ du désir!...
Qu'un
spectacle live marquant l'évolution des esprits entre l'avant
et l'après 68 puisse s'apparenter également au concomitant
festival musical de Woodstock ainsi qu'en Europe aux trois festivals
de Wight successifs jusqu'à l'apothéose finale de
1970, ne peut se résoudre en une simple perspective désuète
de la nostalgie!...
Aussi
quelque trente années plus tard au tout début d'un
nouveau siècle, comment faire de ce spectacle culte, un
événement parisien évitant les écueils
parodiques d'un marketing anachronique du mouvement hippie?
Au
vu des risques vertigineux, la production de Michael Bulter en
tournée mondiale esquive assez habilement les polémiques
en recentrant le show sur les forces musicales du livret (Gerome
Ragni & James Rado) et sur son orchestration live (direction:
Bill Tinsley), sise en arrière de la scène du Palais
des Sports de Paris!...
Malheureusement
un compromis conceptuel a fait opter pour des dialogues francophones
appris phonétiquement dans l'urgence, alors qu'une version
originale en anglais sous-titrée aurait d'une part permis
une meilleure compréhension du texte et surtout aurait
autorisé une aisance des comédiens-chanteurs bien
plus appréciable!...
Ceci
dit, les paroles des chansons n'ayant fort heureusement pas été
traduites en français, l'énergie surgit d'autant
mieux pour chacune d'elles que la troupe peut y investir alors
l'intégralité de son feeling!...
Composé
d'un simple praticable d'échafaudages enchevêtrés,
l'extrême sobriété du décor (Dirk Digler)
renforce l'impression d'une force vitale se communiquant à
quelque trente jeunes gens d'aujourd'hui s'aventurant avec force
affinités dans le patrimoine d'un temps où les tabous
culturels tentaient d'inhiber une jeunesse d'antan en train de
se découvrir à elle-même!...
Les
images projetées en toile de fond d'un Vietnam en résistance
à l'hostilité étrangère suggèrent
entre autres mémoires, le souhait d'un monde plus pacifique
symbolisé alors par le Flowers power qui s'initiait au
sein du fameux California dream!..
La
tragédie amoureuse de Claude (Nicholas Rodriguez) et Sheila
(Scarlett) saura encore émouvoir, à l'instar du
couple Tony et Maria d'un "West Side Story" toujours
à reconstruire dans la mondialisation contemporaine!...
Aussi,
en rappel final de la mise en scène efficace de David Gilmore,
comment ne pas se laisser emporter par l'influx du medley d'une
quarantaine de chansons enjouant cette comédie musicale
à nulle autre pareille?
En
effet, qu'elles osent se l'avouer ou pas, " I got life "...
" Aquarius " et " Let the sunshine in " tournent
définitivement en boucle dans les consciences modernes
en quête de sens!...
Theothea
le 02/04/04