Depuis près de trois années, peu à peu la
rumeur s'enfle inexorablement, qu'ils soient en Suisse, Avignon,
à Paris au théâtre des Champs-Elysées
ou à la Gaîté-Montparnasse, les Epis noirs
réussissent avec leur "Flon Flon" à susciter
l'enthousiasme des spectateurs grâce un savoir-faire qui
rend l'émotion de tous à la fois perceptible et
légitime!
Adossée
à une culture rurale traditionnelle, la spirale de la vraie
vie les amène à transgresser la couleur sordide
pour atteindre l'inaccessible étoile, si chère au
Don Quichotte de Jacques Brel!...
Une
sorte de chemin de croix à rebours où les valeurs
morales s'effacent au profit d'un engagement à ressentir
l'être humain davantage en son âme qu'en sa chair!
Un
spectacle millimétré au moindre signe imperceptible,
alors que l'esprit vagabonde en des prairies d'enfance sous le
soleil des foins, au rythme endiablé de deux trios se partageant
la tragi-comédie de l'existence!... Comme si celui des
trois musiciens folk devait se laisser dépouiller des prérogatives
de leur Art au profit d'une créativité spontanée
des trois autres comédiens!
Rien
que la véritable histoire de l'Humanité, telle est
l'enjeu de soixante-quinze minutes où l'inspiration de
Pierre Lericq semble convoquer Zola pour un règlement de
compte avec un drame qui semble néanmoins disparaître
dès que l'auteur-metteur en scène et par surcroît
comédien, s'en approche d'un peu trop près!
Comme
si les vertus d'une objectivité pathétique devaient,
face à la sincérité de l'expression, trouver
les voies implicites d'un bonheur caché!
Et
Dieu dans tout çà? Simple comme bonjour, il incarne
le mal à l'identique du bien!
Renvoyant dos à
dos le manichéisme fondateur, le tout puissant a ainsi
beau jeu de perturber Adam et Eve en pervertissant délibérément
leur amour initial!...
Manon
Andersen s'empare alors à pleines mains de cette opportunité
iconoclaste pour la sculpter dans une co-mise en scène
aussi tonitruante que débridée pour mieux en catalyser
un véritable fluide à fleur de peau!
Comédienne
jusqu'au bout des ongles, elle se partage avec ses deux partenaires
en une tergiversation onirique oscillant fougueusement entre dépit
et passion!
Succédant
à Alexandre Bordier dans le rôle du mari mal dégourdi,
Lionel Sautet démontre que la compagnie des Epis noirs
a plus d'un ressort dans sa malle, préfigurant ainsi l'appel
à de nouveaux comédiens pour un "Banquet"
en projet autour d'un repas de noces!
Theothea
le 26/06/03