En se jetant
à l'eau avec "des cailloux plein les poches", c'est
l'affront d'une actrice capricieuse, c'est l'arrogance d'une équipe
de tournage, c'est la colonisation d'un village perdu de l'Irlande
profonde, que ce jeune chômeur néanmoins admiratif du cinéma hollywoodien
va stigmatiser en un suicide rédempteur d'une île schizophrène
entre pauvreté, rêves d'évasion et attachement viscéral à la terre!...
Nostalgie entretenue
depuis que John Wayne et Maureen O'Hara y ont interprété "L'Homme
tranquille", c'est cette fois-ci, sans grande originalité,
"La vallée tranquille" que cette superproduction américaine
voudrait, en un mélodrame folklorique et romantique avec des fermiers
miséreux et des aristocrates rapaces, faire culminer dans l'apothéose
d'un mariage entre la fille du châtelain et le fils d'un métayer!...
Malentendus
manifestes entre une population locale vivant selon des rythmes
ancestraux et un commando de professionnels du cinéma nourris
exclusivement par des fantasmes cinématographiques mais qui ignorent
tout de la culture autochtone!...
Une quinzaine
de personnages vont se côtoyer dans cette tragi-comédie où américains
du cinéma et natifs du comté de Kerry tentent de trouver une petite
musique d'entente qui pourrait être à la fois bénéfique pour les
habitants du village ainsi que productive pour le tournage du
film!...
L'adaptation
par Attica Guedj et Stephan Meldegg de la pièce de Marie Jones
va donner l'opportunité aux deux comédiens Eric Métayer et Christian
Pereira de transformer en jeu de rôles, les tribulations de deux
figurants engagés par la production pour assurer la fameuse "couleur
locale" mais qui vont faire dégénérer le scénario initial
en se substituant successivement aux différents protagonistes!...
Véritables
numéros d'acteurs emportés par le souffle dévastateur des Laurel
& Hardy, s'appuyant sur l'élasticité des corps, la contorsion
des visages, la virtuosité des répliques, c'est à une partie de
ping-pong effrénée entre cinéma et spectacle vivant qu'un miroir
virtuel semble faire virevolter devant le public subjugué!...
Le Théâtre
La Bruyère et son célèbre directeur ont su une fois de plus découvrir
la création porte-bonheur, menant avec évidence aux Molières!...
Theothea
le 08/10/03