Dans l'attente de Fanny Ardant et Gérard Depardieu, l'événement
théâtral de la rentrée aurait pu masquer l'entrée
en scène de Catherine Bertram et John Marcher sous les
auspices de Jacques Lassalle!...
En
effet les deux partenaires de la nouvelle d'Henry James (1903)
dont l'adaptation au théâtre par James Lord (1962)
initia la version française de Marguerite Duras (1981),
étaient de fait moins attendus que les deux "monstres"
du spectacle vivant contemporain!...
Et
pourtant la bête tapie dans la jungle urbanisée attend
désormais chaque soir John et Catherine dans les coulisses
du théâtre de La Madeleine prête à bondir
pour finaliser la chute de l'antihéros!...
Jamais
sans doute la valse hésitation du grand comédien
incarnant au plus près la maladresse presque comique mais
bel et bien consubstantielle de son rôle, ne serait autant
sujette à caution de l'opinion perplexe, tant l'image publique
est attachée à sa nature extravertie!...
Jamais
à coup sûr, la superbe comédienne aura été
aussi peu flamboyante de manière à respecter la
lente mais inexorable descente aux enfers de celle qui, stoïque,
restera en suspens d'un amour trop évident pour être
assumé!...
Jamais
à deux, ils n'auront été aussi retenus par
des liens subliminaux tant que pour un "oui" ou pour
un "non" la subtilité de la direction d'acteurs
les aura inexorablement attachés au moindre frémissement
de souffrance réciproque!...
C'est
ainsi pourtant que, blessé au plus profond de l'intimité,
le sentiment atteint les couches basses de l'impuissance à
impulser quelques velléités d'un statu quo taraudé
par l'angoisse indéfinissable!...
Terrassée
par le destin ne cessant de marmonner à tort et à
raison ses foudres à venir, leur union sera récurrente
d'un temps ayant suspendu son vol, telle une épée
de Damoclès!...
Parce
que c'était lui, parce que c'était elle, Gérard
et Fanny auront réussi, là où l'échec
devient métaphysique des corps et de l'esprit, à
être ce que sont un homme et une femme en proie au doute
infini et inéluctable!...
Theothea
le 27/10/04