Pénétrer dans la subtile adaptation dramatique par
Jean Pavans de cette nouvelle d' Henry James agit comme une "première
gorgée de bière" déclenchant de fait
l'envie d'approfondir la connaissance de l'uvre romanesque!
Vivant
recluses au fond d'un palais vénitien délabré,
deux demoiselles âgées vont être l'objet d'une
investigation perspicace d'un jeune américain, très
bien de sa personne
. à la recherche de documents
ayant appartenu au poète Jeffrey Aspern!
Ainsi
va s'initier un jeu de rôles à trois personnages
où le narrateur s'appliquera à débusquer
avec la distanciation du temps révolu, tous les méandres,
les interstices, les non-dits d'une relation inquisitrice cachant
à son insu d'autres tourbillons d'émotions mal identifiées
par l'un et par les deux autres!
Et
puis bien sûr, il y a Venise et ses sensations d'engloutissement
inexorable que le décor d'Alain Lagarde peaufine comme
une intrication de strates de conscience à l'intérieur
d'un huis clos, plein d'échappatoires fantasmées!
Catherine
Hiegel (Tita Bordereau) d'emblée donne le ton qu'aurait
une femme interdite par toute une vie de silence muré et
pourtant disponible à l'intensité du sentiment!
Face
à elle Jean-Damien Barbin (John Cumor) tout de blanc vêtu
à l'instar du romancier tourmenté de Visconti, affronte
cette dialectique proustienne, profondément motivé
par sa quête littéraire mais néanmoins troublé
par la perturbation manifeste que sa présence ne cesse
de susciter!
Davantage
juge qu'arbitre, Françoise Seigner (Juliana Bordereau),
la doyenne du trio assène les coups bas à l'un et
à l'autre, en parfaite osmose avec la jouissance secrète
de la destruction programmée à l'avance!
La
mise en scène de Jacques Lassalle épouse les comédiens
dans une poursuite implacable, telle une caméra qui saisirait
les gros plans pour débusquer tous les stigmates du ressentiment,
sans jamais toutefois être en mesure de percer l'indicible!
Un
moment de grâce fort cruelle à savourer avec tact!
Theothea
le 21/01/03